Constance revenait d'Illyrie à Milan, lorsqu'on lui présenta sur son
chemin un captif fameux. C'était Chnodomaire roi des Allemans, que
Julien lui envoyait comme un hommage de sa victoire. Il est temps de
reprendre la suite des exploits de ce prince, et de rendre compte
de la seconde campagne qu'il fit dans la Gaule. Marcellus ayant
été rappelé, Eusébia profita du mécontentement vrai ou apparent de
l'empereur, pour l'engager à donner à Julien un pouvoir plus étendu; et
Constance y consentit, parce qu'il n'attendait de ce jeune prince que
de médiocres succès. Il n'en souhaitait pas davantage. Il lui laissa
donc le commandement absolu, et la pleine disposition de toutes les
opérations militaires. Il lui envoya Sévère en la place de Marcellus,
pour agir sous ses ordres. Ce général était un vieux guerrier, habile
dans le métier des armes, mais sans orgueil, sans jalousie, disposé à
obéir comme un simple soldat, plutôt que de troubler les affaires par
un faux point d'honneur. Julien ne fut pas aussi content des officiers
chargés du gouvernement civil. Florentius préfet du prétoire, homme
injuste, intéressé, insensible à la misère du peuple, s'accordait mal
avec le caractère équitable, généreux, compatissant, que montrait
le César. Pentadius autre officier dont on ignore l'emploi, et qui
était peut-être le même qui avait eu tant de part à la mort de Gallus,
esprit remuant et dangereux, ne cessait d'agir sourdement contre
Julien, parce que ce prince éclairait ses démarches et s'opposait à
ses entreprises. Au milieu de ces contradictions et de ces cabales,
Julien eut un bonheur qui arrive rarement aux princes; il trouva un
ami: c'était Salluste, Gaulois de naissance, plein de fidélité, de
lumières et de franchise. Ce sage et zélé confident partageait ses
peines et ses plaisirs, l'éclairait de ses conseils, le reprenait de
ses défauts; et toujours tendre, mais toujours libre, il savait prêter
à la vérité toutes les graces qui la rendent utile en la rendant
aimable. L'empereur en envoyant Sévère rappela à la cour Ursicin, qui
s'ennuyant d'être inutile en Gaule, revint avec joie à Sirmium. Il fut
renvoyé en Orient avec le titre de général, pour consommer, s'il était
possible, l'ouvrage de la paix dont Musonianus donnait des espérances.
Julien avait pendant l'hiver augmenté ses troupes; il avait enrôlé
beaucoup de volontaires; et ayant découvert dans une ville de la Gaule
un magasin de vieilles armes, il les avait fait réparer et distribuer à
ses soldats.
[Note latérale: XXXIV. Succès de Julien.
Amm. l. 16, c. 11.