L'empereur retourna à Milan[99], d'où, étant allé en Illyrie[100]
vers le milieu de juillet, il resta trois ou quatre mois dans cette
province[101], afin d'observer de plus près les mouvements des
Barbares; mais il s'occupait bien davantage des affaires de l'église.
Les Ariens étaient dans une agitation perpétuelle. Semblables,
dit saint Athanase, à des gens inquiets qui changent sans cesse
leur testament, à peine avaient-ils tracé une formule, qu'ils en
composaient une nouvelle. Quelques-uns d'entre eux s'étant assemblés
à Sirmium sur la fin de juillet, y dressèrent un formulaire impie,
qu'on appela le blasphème de Sirmium. L'auteur fut Potamius, évêque
de Lisbonne, d'abord catholique, ensuite attiré au parti des Ariens
par une libéralité de l'empereur. Ce prince lui fit présent d'une
terre du domaine qu'il souhaitait avec passion; mais dont il ne jouit
jamais, ayant été frappé d'une plaie mortelle, comme il allait s'en
mettre en possession. Osius, ce héros de la foi, qui jusqu'à l'âge de
plus de cent ans avait triomphé des plus rudes persécutions, retenu
depuis un an à Sirmium, outragé dans la personne de ses parents que
l'empereur accablait d'injustices, maltraité lui-même et meurtri de
coups malgré son grand âge, succomba enfin; et sa chute fut pour toute
l'église un sujet de deuil. Il signa la nouvelle confession arienne,
et communiqua avec Ursacius et Valens. Il avait mille fois exposé sa
vie; mais, dit saint Hilaire, il aima trop son sépulcre, c'est-à-dire,
son corps cassé de vieillesse. On ne put pourtant le forcer à souscrire
à la condamnation d'Athanase; et peu de temps après étant de retour
à Cordoue, comme il se sentait près de mourir, il protesta contre la
violence qu'on lui avait faite, et anathématisa les Ariens. Il mourut
après soixante-deux ou soixante-trois ans d'épiscopat. Une autre plaie
encore plus sensible à l'église, et qui pénétra jusqu'à ses entrailles,
ce fut la prévarication du premier pontife. Libérius, dont la sainteté
et la constance apostolique avaient fait jusqu'alors l'admiration
de tous les fidèles, ne pouvant plus résister à l'ennui et aux
incommodités de son exil, menacé de la mort, privé de la consolation
qu'il tirait de ses ecclésiastiques qu'on sépara de lui, céda enfin
aux sollicitations de Fortunatianus d'Aquilée et de Démophile de
Bérhée: celui-ci obsédait ce saint pontife, et travaillait sans cesse
à aigrir ses maux, plus encore par ses pernicieux conseils que par ses
mauvais traitements. Libérius signa la formule de Sirmium, renonça à la
communion d'Athanase, et embrassa celle des Ariens. Les lettres qu'il
écrivit ensuite au clergé de Rome, à l'empereur, aux évêques d'Orient,
à Ursacius et à Valens, à Vincent de Capoue, comparées avec cette
conférence généreuse où, confondant Constance, il s'était attiré un
glorieux exil, montrent de quelle hauteur peuvent tomber les ames les
plus élevées, et sont de tristes monuments de la faiblesse humaine. Des
auteurs respectables le déchargent du moins de l'accusation d'hérésie:
ils prétendent qu'il ne signa pas la seconde formule de Sirmium où la
consubstantialité était condamnée, mais la première, dressée en 351,
ou la troisième faite, selon quelques-uns, en 358, dans lesquelles le
terme de consubstantiel était seulement supprimé. Nous laissons ces
discussions aux théologiens à qui elles appartiennent. Les humbles
supplications du faible pontife ne purent encore cette année obtenir de
l'empereur qu'il fût rétabli dans son église.
[Note 99: Constance était à Milan, le 3 juin 357; il s'y trouvait
encore le 13 juillet.--S.-M.]
[Note 100: Selon Ammien Marcellin, l. 16, c. 10, Constance passa
par Trente (_Tridentum_).--S.-M.]
[Note 101: Le 4 et le 6 décembre, il était de retour à Milan, d'où
il repartit bientôt après pour l'Illyrie, où il était le 18 décembre,
comme on le voit par une loi de ce jour, datée de Sirmium.--S.-M.]
[Note latérale: XXXIII. Dispositions pour la seconde campagne de Julien.
Jul. ad Ath. p. 282 et 283, et, or. 8, p. 247.
Liban. or. 10, t. 2, p. 272.
Amm. l. 16, c. 10 et 11.