Baronius. Gruter, p. 136, nº 3.]

Constance frappé de tant de merveilles accusait la renommée d'injustice

et de jalousie à l'égard de Rome, dont, disait-il, elle diminuait les

beautés, tandis qu'elle se plaît à exagérer tout le reste. Il voulut

payer à cette ville le plaisir qu'elle lui avait procuré, et y ajouter

quelque nouvel ornement. Auguste y avait fait transporter d'Héliopolis,

ville de la basse Égypte, deux obélisques, dont l'un avait été placé

dans le grand cirque, l'autre dans le champ de Mars. Il en était resté

un troisième plus grand que les deux autres: il avait de hauteur cent

trente-deux pieds, et était chargé de caractères hiéroglyphiques qui

contenaient des éloges de Ramessès[94]. Les flatteurs, pour donner

à Constance quelque avantage sur Auguste, lui persuadaient que la

difficulté du transport avait empêché ce prince de l'entreprendre. Mais

en effet, c'était par un sentiment de religion qu'Auguste avait laissé

cet obélisque dans le temple du soleil, auquel il était consacré.

Constantin, qui n'était pas retenu par le même scrupule, avait donné

ordre de l'enlever: il le destinait à l'embellissement de sa nouvelle

ville. On le transporta par le Nil à Alexandrie, où il resta couché

sur terre en attendant qu'on eût construit un vaisseau propre à porter

une masse si prodigieuse: ce vaisseau devait être monté de trois cents

rameurs. Constantin étant mort avant que ce dessein fût exécuté,

Constance changea la destination de l'obélisque, et le fit venir à Rome

par mer et par le Tibre. On ne put le faire remonter que jusqu'à trois

milles de la ville[95]. De là il fallut le conduire sur des traîneaux

jusqu'au milieu du grand cirque, où l'on vint à bout de le dresser à

force de machines. On plaça sur la pointe une boule de bronze doré; et

lorsqu'elle eut été peu après abattue d'un coup de foudre, on mit à la

place des flammes de même métal. C'est le même obélisque que Sixte V a

fait rétablir et dresser dans la place de Saint-Jean-de-Latran[96].

[Note 94: Il paraît qu'il y a confusion ici. Lebeau n'a pas bien

entendu ce que dit Ammien Marcellin au sujet de l'obélisque égyptien

élevé par Constance. Cet auteur ne dit rien sur ce que pouvaient

contenir les inscriptions hiéroglyphiques, placées sur ce monument;

mais il donne l'interprétation grecque dont nous n'avons plus qu'une

portion, faite par un certain Hermapion, des légendes égyptiennes,

inscrites sur l'ancien obélisque du Cirque. _Notarum textus obelisco

incisus est veteri, quem videmus in Circo._ C'est sur cet obélisque

que se trouvent les louanges du roi Ramessès ou Sésostris le Grand.

On ignore si l'obélisque, dont nous avons en partie la traduction,

est un de ceux dont Rome est décorée, ou s'il est encore enfoui sous

les ruines de cette ville. Voyez ce que j'ai dit à ce sujet dans la

_Biographie universelle_, art. Ramessès, tome XXXVII.--S.-M.]

[Note 95: Dans un lieu nommé le bourg d'Alexandre, _vicus

Alexandri_, à trois milles de Rome, _tertio lapide ab Urbe_. Il entra

par la porte d'Ostie, et traversa la grande piscine pour arriver au

grand cirque.--S.-M.]

[Note 96: Il n'est pas bien certain que ce soit là le monument qui

fut élevé par les ordres de Constance. D'autres pensent que c'est celui

de la porte du peuple, désigné sous le nom de Flaminien. Quoi qu'il en

soit sur ce point, toujours est-il que l'obélisque de S. Jean de Latran

fut érigé pour la première fois en Égypte par Thethmosis, le septième

des rois de la dix-huitième des dynasties Égyptiennes, dont le règne

remonte à l'an 1676 avant J.-C.--S.-M.]

[Note latérale: XXVIII. Conduite de Constance à Rome.

Amm. l. 16, c. 10.

Themist. or. 3, p. 41 et 44, et or. 4, p. 50, 53 et 54.

Symm. l. 10, ep. 54.

[Ambros. epist. 18, t. 2, p. 841.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 144 / 331 题