Pendant un mois qu'il resta dans cette ville fameuse, elle fut pour
lui un spectacle toujours ravissant. Chaque objet ne lui laissait rien
attendre de plus beau, et son admiration ne s'épuisa jamais. Il vit
cette place digne par sa magnificence d'avoir servi de lieu d'assemblée
à un peuple, juge souverain des rois et des empires; le temple de
Jupiter Capitolin, le plus superbe séjour de l'idolâtrie; ces thermes,
qui semblaient autant de vastes palais; l'amphithéâtre de Vespasien,
d'une élévation surprenante, et dont la solidité promettait encore
un grand nombre de siècles; le Panthéon; les colonnes qui portaient
les statues colossales de ses prédécesseurs; le théâtre de Pompée;
l'Odéon; le grand cirque, et les autres monuments de cette ville qu'on
appelait la ville éternelle. Mais quand on l'eut conduit à la place
de Trajan, et qu'il se vit environné de tout ce que l'architecture
avait pu imaginer de plus noble et de plus sublime, ce fut alors que,
confondu et comme anéanti au milieu de tant de grandeur, il avoua qu'il
ne pouvait se flatter de faire jamais rien de pareil: _Mais je pourrais
bien_, ajouta-t-il, _faire exécuter une statue équestre semblable à
celle de Trajan, et j'ai dessein de le tenter_. Sur quoi Hormisdas[92],
qui se trouvait à ses côtés, lui dit: _Prince, pour loger un cheval
tel que celui-là, songez auparavant à lui bâtir une aussi belle
écurie._ Comme on demandait au même Hormisdas ce qu'il pensait de Rome:
_Il n'y a_, dit-il, _qu'une chose qui m'en déplaise[93]; c'est que j'ai
ouï dire qu'on y meurt comme dans le moindre village_.
[Note 92: Frère du roi de Perse Sapor, qui s'était retiré chez les
Romains. Voyez ce qui a été dit à son sujet, l. IV, § 1, 2 et 3.--S.-M.]
[Note 93: On trouve dans le texte d'Ammien Marcellin, _Id tantum
sibi placuisse aiebat, quod didicisset ibi quoque homines mori_. Au
lieu de _placuisse_, une note placée à la marge du manuscrit porte
_displicuisse_.--S.-M.]
[Note latérale: XXVII. Obélisques.
Amm. l. 17, c. 4.