La splendeur de Rome inspira à Constance des égards pour les
habitants. Avant son entrée, il avait fait enlever de la salle du
sénat l'autel de la Victoire, que Magnence avait permis d'y replacer;
mais il ne porta aucune atteinte aux priviléges des vestales, qui
subsistèrent jusque vers la fin du règne de Théodose-le-Grand. Il
conféra les sacerdoces aux païens distingués par leur naissance: il ne
retrancha rien des fonds destinés aux frais des sacrifices. Précédé du
sénat qui triomphait de joie, il parcourut toutes les rues de Rome,
visita tous les temples, lut les inscriptions gravées en l'honneur des
dieux; se fit raconter l'origine de ces édifices, et donna des louanges
aux fondateurs. Il en fit assez pour plaire aux païens; mais il en
fit trop au gré de la religion chrétienne: cette vaine complaisance
s'écartait du plan de Constantin. Dans les courses de chevaux qu'il
donna plusieurs fois, loin de s'offenser de la liberté du peuple, qui
dans ces occasions s'émancipait souvent jusqu'à plaisanter aux dépens
de ses maîtres, il parut lui-même s'en divertir. Il ne gêna point le
spectacle, comme c'était sa coutume dans les autres villes, en le
faisant cesser à son gré; il ne voulut influer en rien sur la décision
de la victoire. Il finissait la vingtième année de son règne, et
approchait de la trente-cinquième depuis qu'il avait été créé César:
ce fut pour solenniser l'une ou l'autre de ces deux époques qu'il fit,
selon l'usage, célébrer des jeux dans tout l'empire. Plusieurs villes
lui envoyèrent des couronnes d'or d'un grand poids. Constantinople lui
rendit cet hommage par une députation de ses principaux sénateurs, du
nombre desquels devait être Thémistius, dont l'éloquence était célèbre.
L'empereur pour honorer ses talents lui avait donné une place dans le
sénat. Thémistius, n'ayant pu venir à Rome à cause d'une indisposition,
envoya à l'empereur le discours qu'il avait composé. Constance l'en
récompensa en lui faisant ériger à Constantinople une statue d'airain;
et l'orateur, pour ne pas demeurer en reste, prononça encore dans le
sénat dont il était membre, un autre discours, où il n'oublia pas
de prodiguer les éloges qu'on n'épargne guère aux princes les plus
médiocres, lorsque la vanité de l'orateur s'évertue à disputer contre
la stérilité de sa matière.
[Note latérale: XXIX. Méchanceté d'Eusébia.