Till. not. 39.]

L'impératrice Eusébia avait fait un voyage à Rome l'année précédente,

pendant l'expédition de Constance en Rhétie. Elle y avait été reçue

avec magnificence; le sénat était sorti au-devant d'elle. La princesse

avait de son côté récompensé par de grandes largesses l'empressement

des habitants. Constance voulut aller à son tour recevoir les hommages

de l'ancienne capitale de l'empire. Son dessein était d'y entrer en

triomphe pour la victoire qu'il avait remportée sur Magnence. Cette

vanité n'avait point d'exemple chez les anciens Romains, qui ne

voyaient dans les guerres civiles qu'un sujet de larmes, et non pas

une matière de triomphe. Après avoir ordonné tout l'appareil capable

d'éblouir les yeux par la pompe la plus brillante, il prit la route

d'Ocricoli [_Ocriculum_], escorté de toutes les troupes de sa maison

qui marchaient en ordre de bataille; repaissant de sa gloire les

regards de ceux qui accouraient sur son passage, et se repaissant

lui-même de leurs applaudissements. A son approche de Rome[91], le

sénat étant allé à sa rencontre, le prince enivré de pompeuses idées

s'imaginait voir ces anciens sénateurs supérieurs aux rois, mais

dont ceux-ci n'étaient plus que l'ombre; et cette immense multitude

qui sortait à grands flots des portes de Rome, semblait lui annoncer

tout l'univers rassemblé pour l'admirer. Précédé d'une partie de sa

maison et des enseignes de pourpre qui flottaient au gré des vents,

il entra assis seul sur un char rayonnant d'or et de pierreries: à

droite et à gauche marchaient plusieurs files de soldats, couverts

d'armes éclatantes; chaque bande était séparée par des escadrons de

cavaliers tout revêtus de lames d'un acier poli et luisant. L'empereur,

au milieu des cris de joie qui se mêlaient au son des trompettes,

gardait une contenance roide et immobile; il ne tournait la tête

d'aucun côté; on remarqua seulement qu'il la baissait au passage des

portes, quoiqu'elles fussent fort élevées, et qu'il fût de fort petite

taille: d'ailleurs il n'avait d'autre mouvement que celui de son char.

C'était une gravité de maintien qu'il affecta toute sa vie. Jaloux de

sa dignité, il l'attachait toute entière à la fierté de l'extérieur:

jamais il ne fit monter personne avec lui dans son char; jamais il

ne partagea l'honneur du consulat avec aucun particulier. Il fut reçu

dans le palais des empereurs au bruit des acclamations d'un peuple

innombrable; et sa vanité ne fut jamais plus agréablement flattée.

[Note 91: Constance entra dans Rome le 28 avril 357.--S.-M.]

[Note latérale: XXVI. Il en admire les édifices.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 142 / 331 题