Alsat. Illust. p. 398 et seq.]

Sa première campagne fut un glorieux apprentissage. C'était dans la

Gaule un usage ancien, et qui subsista long-temps après, que les armées

ne se missent en mouvement que vers le solstice d'été. Julien était

encore à Vienne, lorsqu'il apprit que la ville d'Autun [_Augustodunum_]

venait de courir le risque d'être prise et saccagée. Cette ville

était grande; mais elle n'avait pour toute défense qu'une vieille

muraille, prête à tomber en ruine. Les Barbares, maîtres de tous les

dehors, labouraient paisiblement le territoire; et les habitants,

bloqués depuis plusieurs mois, n'attendaient que le moment de pouvoir

se réfugier ailleurs. Le voisinage de Julien, dont la réputation

commençait à éclore, leur inspira plus de hardiesse. L'un d'eux, voyant

un Barbare qui poussait sa charrue jusqu'au pied des murs, courut

sur lui et l'enleva. Plusieurs autres en firent autant. Les ennemis

irrités entreprennent d'escalader la ville à la faveur de la nuit. Au

bruit qu'ils firent en plantant leurs échelles, un petit nombre de

vétérans prend les armes, pendant que les autres soldats tremblaient de

peur; et s'étant donné pour signal le nom de Julien, ils accourent à

la muraille, tuent les uns, et précipitent les autres. Leurs camarades

enhardis par cet exemple, repoussent les Barbares, et en massacrent un

grand nombre. A cette nouvelle Julien, malgré les conseils de quelques

lâches courtisans, se met en campagne avec ce qu'il avait de troupes;

il arrive à Autun le 24 de juin; et sans s'y arrêter, il poursuit les

Barbares qui se retiraient, résolu de les combattre à la première

occasion.

[Note latérale: XVIII. Marches de Julien jusqu'à Rheims.]

De plusieurs routes qu'on lui proposait[79], il préféra la plus courte,

quoiqu'elle fût la plus périlleuse à cause des forêts qu'il fallait

traverser. Mais il entendait dire que Silvanus y avait passé l'année

précédente, et il se faisait un point d'honneur de ne pas céder en

courage à ce brave guerrier. Ne prenant avec lui que des troupes

légères[80], il gagne promptement Auxerre [_Autosidorum_]. Les Barbares

campaient dans le voisinage; il les amusa quelque temps pour faire

reposer sa troupe, et pour donner au reste de son armée le temps de

le rejoindre. Les ennemis ayant pris la route de Troyes [_Tricassæ_],

il continue de les poursuivre; et comme il était inférieur en nombre,

il supplée à ce désavantage par la bonne conduite, et montre déja

toute l'habileté d'un vieux capitaine. Toujours sur ses gardes, il

faisait si bonne contenance, que les Barbares revenant sur lui de

temps en temps, et le chargeant tantôt à droite, tantôt à gauche, ne

purent jamais l'entamer. Il les prévenait avec ses troupes légères dans

tous les postes avantageux qui se trouvaient sur la route, et leur

disputait tous les passages. Après les avoir long-temps harcelés, comme

ils doublaient le pas et que ses troupes pesamment armées perdaient

haleine, il fut obligé d'abandonner la poursuite. Ces petits avantages

rendaient peu à peu le cœur aux soldats; et pour exciter leur hardiesse

par l'intérêt, il promit récompense à quiconque lui apporterait la

tête d'un ennemi. Après une marche assez périlleuse, il vint à Troyes,

où il était si peu attendu, qu'il eut peine à s'en faire ouvrir les

portes: on prenait d'abord sa troupe pour un corps de Barbares. Il ne

s'y arrêta que pour donner quelque repos à ses soldats; et continua

sa marche jusqu'à Rheims [_Remi_], où il avait marqué le rendez-vous

de toute l'armée. C'était Marcellus qui la commandait en la place

d'Ursicin, quoique celui-ci eût ordre de rester en Gaule jusqu'à la fin

de la guerre.

[Note 79: _Aliis per Arbor..... quibusdam per Sedelaucum et Coram

iri debere firmantibus._ Amm. Marcel., l. 16, c. 2. J'ignore quel lieu

désigne le nom tronqué _Arbor......._. _Sedelaucus_ est Saulieu, petite

ville du département de la Côte-d'Or, à six lieues d'Autun. _Cora_,

répond au village de Cure sur la rivière du même nom, entre Autun et

Nevers.--S.-M.]

[Note 80: _Adhibitis cataphractariis solis et balistariis._ Amm.

Marc. l. 16, c. 2.--S.-M.]

[Note latérale: XIX. Combat de Bruma [_Brocomagus_].]

Après divers avis on se détermina à tourner vers Dieuze[81] pour

aller chercher les Allemans. L'armée marchait en bon ordre, lorsque

les ennemis qui connaissaient le pays, s'étant mis en embuscade dans

un bois, et profitant d'un brouillard épais, vinrent la prendre en

queue. Deux légions, qui formaient l'arrière-garde, allaient être

taillées en pièces, si elles n'eussent été promptement secourues par

les troupes auxiliaires qui repoussèrent les Barbares. Ce fut pour

Julien une leçon, qui a coûté bien plus cher à tant d'autres généraux;

il apprit à redoubler de précautions, et à songer encore plus à la

sûreté qu'à la diligence. Les ennemis étaient maîtres des villes qu'on

nomme aujourd'hui Strasbourg [_Argentoratum_], Brumat [_Brocomagus_],

Seltz [_Saliso_], Saverne [_Tabernæ_], Spire [_Nemetæ_], Worms

[_Vangiones_], et Mayence [_Mogontiacum_]; c'est-à-dire, qu'ils en

habitaient les campagnes; car les Allemans regardaient les villes comme

des tombeaux, et n'osaient s'y renfermer. Au moment que Julien entrait

dans Brumat[82], les Barbares vinrent lui présenter la bataille: il

l'accepta. Déja son armée rangée en forme de croissant commençait à les

envelopper, lorsque les ennemis voyant qu'ils avaient perdu dans le

premier choc plusieurs de leurs gens se retirèrent avec précipitation

et se sauvèrent dans les îles du Rhin.

[Note 81: _Decem-Pagi_ est Dieuze, en Lorraine, dans le département

de la Meurthe. L'Itinéraire d'Antonin place ce lieu à vingt milles de

_Divodurum_ (Metz).--S.-M.]

[Note 82: _Brocomagus._ Brumat est un lieu à une petite distance de

Strasbourg, au nord, sur la rivière de Sorr.--S.-M.]

[Note latérale: XX. Fin de cette campagne.

Amm. l. 16, c. 3.

Jul. ad Ath. p. 279.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 136 / 331 题