Eunap. in Max. t. 1, p. 53, ed. Boiss.]

Ces belles qualités se trouvaient alliées à des travers, que lui

imprima pour toute sa vie une éducation trop sophistique. Non content

d'aimer les lettres et les sciences, il se confondait lui-même avec

les savants et les littérateurs. Faisant en public profession de

christianisme, pour entretenir l'affection des peuples, il favorisait

tantôt les Ariens, tantôt les catholiques; et saint Hilaire, dans

ses écrits contre Constance, l'appelle un prince religieux. Mais les

rhéteurs, les platoniciens, les magiciens d'Athènes, confidents secrets

de son attachement à l'idolâtrie, venaient en Gaule se mêler autour de

lui aux braves officiers qu'il employait à la guerre. Julien se prêtait

à tout; il gagnait des batailles et faisait des vers en l'honneur de

ces prétendus illustres, qui accouraient de si loin pour admirer ses

talents. Sa cour, bigarrée de manteaux de philosophes et de casaques

militaires, offrait un spectacle aussi bizarre que le prince même:

c'était à la fois un camp, une académie, une école de sophistes; mais

on n'y voyait point de danseurs, de farceurs, de joueurs d'instruments,

ni de tous ces ministres de divertissements frivoles. La bizarrerie

de Julien était austère: il n'avait aucun goût pour les plaisirs; ce

n'était que le premier jour de l'année et par coutume, qu'il permettait

de jouer des comédies: il n'assistait que rarement aux jeux du cirque,

encore n'y restait-il que quelques instants. Cette humeur grave et

sévère sympathisait avec celle des Gaulois, qui ne connaissaient pas

les théâtres, et qui prenaient la danse pour un accès de folie. Telle

fut la conduite de Julien, tant qu'il demeura dans l'Occident; et la

dignité impériale n'y changea rien dans la suite.

[Note latérale: XVI. Sa réputation efface celle de Constance.]

La gloire de l'empire sembla passer avec lui dans la Gaule. Dès ce

moment le César fit le premier rôle dans les affaires, et cette

province devint le théâtre le plus brillant de la valeur romaine. On y

vit bientôt les villes relevées, les campagnes couvertes de trophées et

de fertiles moissons; les Barbares en fuite; partout la prospérité, la

sûreté, l'abondance. Constance, si l'on en excepte son voyage de Rome,

resta tristement enveloppé d'intrigues ténébreuses et de controverses

de religion; et si les insultes des peuples voisins le firent

quelquefois sortir de sa cour, ce ne fut que pour des expéditions sans

succès ou sans éclat. Tous les regards se tournèrent du côté de Julien.

[Note latérale: XVII. Autun délivré.

Amm. l. 16, c. 2, et l. 17, c. 8.

Jul. ad Ath. p. 277 et 278.

Lib. or. 10, t. 2, p. 272.

Cassiod. l. 1, ep. 34.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 135 / 331 题