Ces belles qualités se trouvaient alliées à des travers, que lui
imprima pour toute sa vie une éducation trop sophistique. Non content
d'aimer les lettres et les sciences, il se confondait lui-même avec
les savants et les littérateurs. Faisant en public profession de
christianisme, pour entretenir l'affection des peuples, il favorisait
tantôt les Ariens, tantôt les catholiques; et saint Hilaire, dans
ses écrits contre Constance, l'appelle un prince religieux. Mais les
rhéteurs, les platoniciens, les magiciens d'Athènes, confidents secrets
de son attachement à l'idolâtrie, venaient en Gaule se mêler autour de
lui aux braves officiers qu'il employait à la guerre. Julien se prêtait
à tout; il gagnait des batailles et faisait des vers en l'honneur de
ces prétendus illustres, qui accouraient de si loin pour admirer ses
talents. Sa cour, bigarrée de manteaux de philosophes et de casaques
militaires, offrait un spectacle aussi bizarre que le prince même:
c'était à la fois un camp, une académie, une école de sophistes; mais
on n'y voyait point de danseurs, de farceurs, de joueurs d'instruments,
ni de tous ces ministres de divertissements frivoles. La bizarrerie
de Julien était austère: il n'avait aucun goût pour les plaisirs; ce
n'était que le premier jour de l'année et par coutume, qu'il permettait
de jouer des comédies: il n'assistait que rarement aux jeux du cirque,
encore n'y restait-il que quelques instants. Cette humeur grave et
sévère sympathisait avec celle des Gaulois, qui ne connaissaient pas
les théâtres, et qui prenaient la danse pour un accès de folie. Telle
fut la conduite de Julien, tant qu'il demeura dans l'Occident; et la
dignité impériale n'y changea rien dans la suite.
[Note latérale: XVI. Sa réputation efface celle de Constance.]
La gloire de l'empire sembla passer avec lui dans la Gaule. Dès ce
moment le César fit le premier rôle dans les affaires, et cette
province devint le théâtre le plus brillant de la valeur romaine. On y
vit bientôt les villes relevées, les campagnes couvertes de trophées et
de fertiles moissons; les Barbares en fuite; partout la prospérité, la
sûreté, l'abondance. Constance, si l'on en excepte son voyage de Rome,
resta tristement enveloppé d'intrigues ténébreuses et de controverses
de religion; et si les insultes des peuples voisins le firent
quelquefois sortir de sa cour, ce ne fut que pour des expéditions sans
succès ou sans éclat. Tous les regards se tournèrent du côté de Julien.
[Note latérale: XVII. Autun délivré.
Amm. l. 16, c. 2, et l. 17, c. 8.
Jul. ad Ath. p. 277 et 278.
Lib. or. 10, t. 2, p. 272.
Cassiod. l. 1, ep. 34.