Il passait l'été dans son camp, l'hiver sur son tribunal, toujours
occupé à repousser les Barbares ou à défendre les peuples, toujours
armé contre les ennemis ou contre les vices. Attentif à veiller sur
les officiers de son palais, il réprimait leur avidité naturelle. Il
écoutait les plaintes et se piquait de clémence dans les punitions:
souvent il adoucissait la rigueur des sentences prononcées par les
juges. Il servit les Gaulois autant par son équité que par ses
victoires, en diminuant le poids des impositions, qui enlevaient à la
province ce qui échappait aux Barbares. Quand il entra dans la Gaule,
chaque tête taillable payait vingt-cinq pièces d'or, qui faisaient
environ trois onces et demi; quand il en sortit, ce tribut était réduit
à sept pièces, toutes charges acquittées[78]. Il avait pour maxime de
ne point faire remise des restes qui étaient dus au fisc, comme les
princes les plus désintéressés l'avaient pratiqué avant lui: sa raison
était que les riches demeurent toujours seuls reliquataires, parce
que la contrainte n'épargne pas les pauvres dès les premiers moments
de l'imposition; cependant sa générosité dérogea quelquefois à cette
loi. Un gouvernement si équitable ne pouvait manquer de lui gagner
le cœur des Gaulois: leurs biens, leurs personnes, tout était à lui;
souvent ils le forcèrent d'accepter de grandes sommes d'argent. Ils lui
obéissaient avec zèle: c'était, disaient-ils tous d'une voix, un prince
doux, accessible, plein de courage, de justice, de prudence; qui ne
faisait la guerre que pour le bien des peuples, et qui savait les faire
jouir des avantages de la paix.
[Note 78: _Quod primitus partes eas ingressus, pro capitibus
singulis tributi nomine vicenos quinos aureos reperit flagitari:
discedens verò septenos tantùm._ Amm. Marc. l. 16, c. 5.--S.-M.]
[Note latérale: XV. Autres qualités de Julien.
Jul. Misop. p. 360.
Liban. or. 8, t. 2, p. 240 et or. 10, p. 279.
Hilar. ad Const. l. 2, p. 1225.