Zos. l. 3, c. 2. Suid. in ἐξισάμενος.]

Pendant que l'empereur livrait l'église en proie aux hérétiques,

Julien travaillait à délivrer la Gaule des Barbares qui la désolaient.

L'entreprise paraissait au-dessus de ses forces. Que pouvait-on

attendre d'un jeune prince, sans expérience, étranger dans un camp,

nourri dans l'ombre des écoles, obligé d'apprendre les exercices

militaires dans le temps qu'il fallait livrer des batailles? Revêtu

d'un nom sans pouvoir, il ne venait au secours de cette province

qu'avec une poignée de soldats, dont les officiers étaient autant

d'espions dévoués à l'empereur; il n'y trouvait que des troupes

affaiblies par la désertion et par les défaites, abâtardies par

l'habitude de se laisser vaincre, sans émulation, sans discipline.

Il semblait que Constance, toujours ombrageux, ne l'avait choisi que

parce qu'il le croyait incapable; et ce prince retenant d'une main ce

qu'il paraissait lui donner de l'autre, avait pris des mesures pour

lui dérober jusqu'à la gloire des hasards heureux, en lui attachant en

apparence pour conseil, et en effet pour maître, le général Marcellus,

qui devait avoir tout l'honneur des succès, tandis qu'on ne laissait à

Julien que la honte des échecs. Dans une situation si délicate, Julien

sut forcer tous les obstacles qu'on mettait à sa réputation. Pendant

l'hiver qu'il passa dans Vienne, il s'appliqua à connaître ses soldats,

sa province, ses ennemis; il puisa dans la profondeur de son génie

toutes les ressources de la science militaire; il s'affranchit de ses

surveillants en les rendant inutiles; et dès le printemps suivant,

avant que d'avoir vu la guerre, il se trouva plus grand capitaine que

ceux qu'on avait chargés de le conduire.

[Note latérale: XIII. Sa façon de vivre.

[Julian. Misop. p. 340 et 341, ed. Spanh.]

Amm. l. 16, c. 5.

Mamert. paneg. c. 11.

[Liban. or. 8, t. 2, p. 240, ed. Morel.]]

Son exemple, plus encore que sa vigilance, releva la discipline,

et d'une armée tant de fois vaincue forma une armée invincible. La

première loi qu'il s'imposa fut celle de la tempérance. Persuadé que

la vertu ne sait dresser qu'une table frugale, et que le corps ne se

traite délicatement qu'aux dépens de l'esprit, il n'eut pas besoin de

consulter les mémoires de Constance. Ce prince avait pris la peine de

régler la table de Julien, comme celle d'un écolier qu'on enverrait

aux études, dit Ammien; il avait marqué dans un écrit de sa propre

main la qualité des mets qu'il voulait qu'on lui servît: Julien en

retrancha tout ce qui sentait la bonne chère; il voulut être nourri

comme les simples soldats. Sa sobriété lui permettait d'abréger le

temps du sommeil: couché sur la terre nue ou sur une peau de bête,

il se levait au milieu de la nuit. Après avoir fait secrètement sa

prière à Mercure, il travaillait aux dépêches, il visitait lui-même les

sentinelles, et donnait le reste de la nuit à l'étude. La philosophie,

l'éloquence, l'histoire, la poésie même occupaient ces heures

tranquilles. Entre les ouvrages qu'il composa dans la Gaule, les deux

panégyriques de Constance sont des fruits de ses veilles. Il y soutient

mal l'honneur de la philosophie, par la flatterie outrée que respirent

ces deux discours. Il les démentit dans la suite, lorsqu'il put le

faire impunément, par des invectives encore plus condamnables. Un

ouvrage qui aurait mieux mérité de passer à la postérité, ce sont ses

propres mémoires, qu'il avait écrits à l'imitation de Jules-César. Il

employait le jour aux affaires de la guerre, ou à faire des réglements

utiles pour l'armée et la province. Il se formait aux exercices, et

il se raillait lui-même de bonne grace sur son peu d'habileté. Pour

s'endurcir contre les incommodités les plus sensibles, il supportait

sans feu la rigueur des hivers de la Gaule.

[Note latérale: XIV. Sa conduite dans le gouvernement.

Amm. l. 16. c. 5.

Julian. Misop. p. 360.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 133 / 331 题