Les Ariens croyaient n'avoir rien fait, tant qu'ils n'auraient pas
dompté Osius, qu'on appelait le père des évêques et le chef des
conciles. Constance le mande, l'exhorte, le prie. Osius déconcerte
l'empereur par la force de ses paroles, et retourne à son église. Les
Ariens aigrissent le prince: il écrit, il caresse, il menace. Osius
demeure ferme. Constance mande de nouveau ce vieillard âgé de cent ans,
et le retient en exil à Sirmium pendant une année entière. On tint dans
la Gaule un concile à Béziers [_Biterræ_], où saint Hilaire de Poitiers
confondit les Ariens, et leur chef Saturnin d'Arles, qui présidait au
concile. La plupart des évêques de la Gaule se séparent de Saturnin
et des Ariens. Mais ceux-ci mettent dans leur parti le César Julien,
qui ne regardait que de loin ces orages de l'église; et Constance
trompé par une fausse relation exile Hilaire et Rhodanius, évêque de
Toulouse; il les relègue en Phrygie. Il fait meurtrir de coups les
clercs de l'église de Toulouse. Leur évêque meurt dans son exil. Ce
fut, selon quelques auteurs, dans cet exil même, que saint Hilaire
composa contre Constance le livre dont nous avons parlé; quoiqu'il soit
plus vraisemblable que cet ouvrage n'a été fait qu'après son retour en
360. Cet écrit a sans doute besoin d'excuse pour les traits injurieux
qui sont lancés sans ménagement contre la personne de l'empereur: mais
il renferme un témoignage précieux, qui fait honneur à ces saints
évêques. Saint Hilaire y fait voir à Constance l'abus de la violence
en fait de religion, par ces belles paroles: _Dieu nous a enseigné à
le connaître; il ne nous y a pas contraints. Il a donné de l'autorité
à ses préceptes en nous faisant admirer ses opérations divines: il ne
veut point d'un consentement forcé. Si l'on employait la violence pour
établir la vraie foi, la doctrine épiscopale s'élèverait contre cet
abus; elle s'écrierait: Dieu est le Dieu de tous les hommes; il n'a pas
besoin d'une obéissance sans liberté; il ne reçoit pas une profession
que le cœur désavoue: il ne s'agit pas de le tromper, mais de le
servir. Ce n'est pas pour lui, c'est pour nous que nous devons lui
obéir._ Tels étaient aussi les sentiments de saint Athanase. Tous ces
illustres exilés essuyèrent les traitements les plus durs et les plus
cruels. Le comte Joseph, à Scythopolis, fut le seul qui osa conserver
de l'humanité à leur égard: il retira dans sa maison saint Eusèbe de
Verceil, persécuté par l'évêque Patrophile.
[Note latérale: XI. Nouvelle hérésie de Macédonius.
Socr. l. 9, c. 27 et 38.
Soz. l. 4, c. 20 et 26.