Hermant, vie de S. Ath. l. 7, c. 14 et suiv.]

Le fort de l'orage devait tomber sur l'église d'Alexandrie. Il fallait

en faire sortir Athanase, et Constance se trouvait très-embarrassé.

Aussitôt après le concile de Milan, il avait écrit à Maximus gouverneur

d'Egypte d'ôter à l'évêque, et de donner aux Ariens tout le blé qui

devait être distribué aux églises selon la fondation de Constantin, et

de permettre à tout le monde d'insulter et de maltraiter ceux de la

communion d'Athanase. Cependant il n'avait pas oublié le serment qu'il

avait fait au saint évêque, de ne plus le condamner sans l'entendre,

et de le maintenir dans son siége malgré les rapports de ses ennemis.

Il avait confirmé ce serment par plusieurs lettres. Il n'osait donc,

de peur de se parjurer par écrit, signer l'ordre de le chasser de son

église. Rien n'est plus inconséquent que l'injustice aveuglée par la

passion. Il fit exécuter l'ordre sans l'écrire. Il envoie en Egypte

deux de ses secrétaires, Diogène et Hilaire. Ceux-ci, s'étant fait

accompagner des magistrats, vont trouver l'évêque et lui signifient de

sortir d'Alexandrie. Il demande à voir l'ordre de l'empereur; ils ne

peuvent en produire aucun. Le peuple informé de cette démarche, menace

de courir aux armes. Les envoyés prennent le parti de se retirer, et de

mander les légions d'Egypte et de Libye. Quelques jours après, le duc

Syrianus étant arrivé à leur tête, presse le prélat d'aller à la cour.

Athanase fondé sur le serment et sur les lettres de Constance, refuse

de partir sans un ordre exprès. Mais pour parer aux suites fâcheuses

que pourrait avoir son refus, il offre de se contenter d'un ordre signé

de Syrianus ou de Maximus. Ils n'en veulent signer aucun. Syrianus

effrayé des clameurs du peuple, paraît s'adoucir; il promet avec

serment en présence de plusieurs témoins, de ne plus troubler l'église

d'Alexandrie, mais d'informer l'empereur, et d'en attendre de nouveaux

ordres. Il donne cette promesse par écrit le 17 janvier, Constance

étant consul pour la huitième fois avec Julien: elle fut mise entre les

mains de Maximus.

[Note latérale: III. Il est chassé à main armée.]

Cependant la nuit d'avant le vendredi, 9 de février, Syrianus à la

tête de plus de cinq mille légionaires armés de toutes pièces, l'épée

nue et conduits par des Ariens, vient à l'église de Théonas. Athanase

y était en prières avec son peuple, selon la coutume, parce qu'on

devait le lendemain célébrer le saint sacrifice qu'on n'offrait pas

alors tous les jours. Au son des trompettes et des autres instruments

de guerre, le peuple est saisi d'effroi. Mais Athanase sans changer de

couleur, ni de contenance, fait entonner par un diacre le psaume cent

trente-cinquième, _Rendez gloire au Seigneur, parce qu'il est plein

de bonté_; et tout le peuple répondait, _parce que sa miséricorde est

éternelle_. Pendant qu'on chantait ce psaume, les soldats rompent les

portes; ils se jettent dans l'église; ils font retentir leurs armes et

briller leurs épées. Syrianus ordonne de tirer; les flèches volent:

aussitôt les cris des meurtriers, ceux des blessés et des mourants, les

efforts des soldats pour entrer, des fidèles pour sortir au travers des

lances et des épées, la rage dans les uns, la pâleur et l'épouvante

dans les autres, tous pêle-mêle se précipitant, se foulant aux pieds,

offrent, de toutes parts un affreux désordre. Athanase restait assis

sur son siége; il exhortait son clergé à la prière, et le duc animait

ses soldats. En vain le peuple conjure à grands cris le saint évêque de

sauver sa vie: alarmé pour son troupeau, mais intrépide pour lui-même,

il leur ordonne de se retirer tous, et s'obstine à rester le dernier.

Presque tous étaient sortis, lorsqu'une troupe de clercs et de moines

l'entraîne malgré lui, comme dans un flot; et se serrant de toutes

parts autour de lui, ils l'emportent tout froissé et à demi mort au

travers des soldats qui avaient investi le sanctuaire et l'église. Dieu

aveugla ses ennemis, et le déroba comme par miracle à leur fureur.

Qu'on se représente les violences par lesquelles Grégoire avait, quinze

ans auparavant, signalé son arrivée: les meurtres, les profanations,

le pillage des autels, les outrages faits aux vierges, les cruautés

exercées sur les ecclésiastiques et sur les laïcs fidèles à leur

évêque; Alexandrie vit renouveler toutes ces horreurs. Cette église fut

abandonnée à une troupe de scélérats, dont le duc Syrianus était encore

le plus traitable. Les autres étaient le duc Sébastien Manichéen,

Cataphronius nommé gouverneur d'Egypte à la place de Maximus, le comte

Héraclius, Faustinus trésorier-général, qui n'était qu'un libertin

et un bateleur, tous munis de commissions de l'empereur. Les évêques

ariens enchérissaient encore sur la barbarie de ces officiers.

Sécundus, évêque de Ptolémaïs, écrasa un prêtre à coups de pieds.

[Note latérale: IV. Mauvais traitements exercés contre les Alexandrins.]

Les catholiques dressent un procès-verbal de ces excès, à dessein d'en

instruire le prince. Syrianus veut les forcer à supprimer cet acte.

Plusieurs vont le conjurer de leur épargner cette nouvelle violence;

il les fait chasser à coups de bâton. Il envoie à diverses reprises

le bourreau de sa troupe, et le prévôt de la ville, pour enlever les

armes qu'on avait trouvées dans l'église, et qu'on y avait suspendues

comme un témoignage de ces attentats sacriléges: mais les catholiques

s'y opposent. Ils envoient à Constance une requête que saint Athanase

nous a conservée: ils y exposent tout ce qu'ils ont souffert; ils font

souvenir l'empereur de ses serments; ils protestent qu'ils sont prêts à

mourir plutôt que d'accepter un autre évêque. Constance sourd à leurs

plaintes et à leurs demandes, autorise tout ce qui s'est passé: il

ordonne de poursuivre Athanase. Le comte Héraclius menace de la part

de l'empereur toute la ville, de lui ôter le pain de distribution, les

magistrats de les réduire en esclavage, les païens mêmes d'abattre

leurs idoles, s'ils n'obéissent au prélat que le prince va envoyer.

Les païens, pour sauver leurs dieux, signèrent tout ce qu'on voulut;

et comme ils étaient encore en grand nombre dans Alexandrie, la liste

de leurs noms combla de joie l'empereur, qu'on n'eut garde d'avertir

que tous ces souscripteurs n'étaient que des idolâtres. Quelques

jours après, Héraclius, Cataphronius et Faustinus, jaloux sans doute

des succès de Syrianus, accoururent à la tête d'une bande de païens

et de scélérats à l'église nommée la Césarée; ils étaient altérés

de sang: mais comme le peuple était sorti, ils n'y trouvèrent qu'un

petit nombre de femmes et de filles qu'ils maltraitèrent. Voulant se

signaler par quelque exploit, ils emportèrent tous les meubles de

l'église, jusqu'à la table de l'autel, et les brûlèrent dans le parvis.

Les païens jetaient de l'encens dans ce feu en invoquant leurs dieux

et s'écriaient: _Vive l'empereur Constance qui est revenu à notre

religion; vivent les Ariens qui ont abjuré le christianisme._

[Note latérale: V. George prend la place d'Athanase.

Ath. apol. 1, ad Const. t. 1, p. 312. et ad monach. p. 385 et 389. et

de fuga p. 323 et 327 et ad episc. AEg. et Lib. c. 7, p. 277.

Amm. l. 22, c. 11.

Greg. Naz. or. 21, t. 1, p. 380.

[Greg. Nys. in Eunom. l. 1, t. 2, p. 294.]

Soz. l. 4, c. 8.

[Tillem. vie de S. Athanase, art. 73.]]

Telles étaient les violences par lesquelles on préparait la voie au

nouvel évêque. Il arriva enfin quelque temps avant Pâques. C'était

encore un Cappadocien[68], nommé George, fils d'un foulon; premièrement

parasite, ensuite receveur public, enfin banqueroutier. Obligé de

prendre la fuite, il erra de province en province, jusqu'à ce que

trente évêques ariens, assemblés à Antioche avant le concile de Milan,

jetèrent les yeux sur lui pour le mettre à la place d'Athanase. Ils le

firent prêtre avant qu'il fût chrétien (on va jusqu'à croire qu'il ne

le fut jamais), et ils l'ordonnèrent évêque d'Alexandrie. Il n'avait

ni connaissances des lettres, ni politesse, ni même le masque de la

piété; mais il ne manquait d'aucun des talents d'un cruel et violent

persécuteur. L'argent des pauvres et celui des églises, qu'il fit

passer dans la suite aux favoris et aux eunuques, couvrit tous ses

vices, et lui tint lieu de mille vertus. Constance né pour être trompé

lui prodiguait dans ses discours et dans ses lettres les titres les

plus pompeux: il l'appelait _un prélat au-dessus de toute louange, le

plus parfait des docteurs, le guide le plus expert dans le chemin du

Ciel_. Il ne pouvait trouver d'éloges assez emphatiques pour honorer

ce méchant prélat, qui s'épargnait même la contrainte de l'hypocrisie.

[Note 68: Né dans un bourg appelé Tharbastenis. Mais selon Ammien

Marcellin, l. 22, c. 11, il était d'Épiphanie en Cilicie. Ces deux

endroits étaient peut-être voisins. C'est là sans doute ce qui aura

donné lieu à la double origine qu'on lui attribue.--S.-M.]

[Note latérale: VI. Violences de George.

[Tillem. vie de S. Athanase, art. 74-77.]]

Il entra dans Alexandrie au milieu d'une troupe de soldats commandés

par le duc Sébastien. C'était l'arrivée d'un conquérant. Il prit

cependant quelques jours de repos, et ne commença la guerre qu'après

Pâques. Alors au premier signal les soldats de Sébastien se répandent

dans la ville et aux environs: on pille les maisons; on ouvre jusqu'aux

tombeaux pour chercher Athanase; on brûle les monastères. Les femmes

ariennes, avec une fureur de bacchantes, faisaient mille outrages

aux femmes catholiques. Tout retentissait de coups de fouets. Le duc

lui-même avait horreur des cruautés dont il était le ministre: comme

il avait fait fouetter plusieurs catholiques, les Ariens mécontents de

l'exécution qui leur avait paru trop ménagée, le menacèrent de mander

aux eunuques qu'il ne les servait qu'à regret; et cet esclave de la

cour, tremblant à cette menace, fit recommencer le supplice jusqu'à ce

que les Ariens fussent satisfaits. Quelques jours après[69], le duc,

à la sollicitation de l'évêque, va à la tête de trois mille soldats

se jeter sur le peuple assemblé hors de la ville dans un cimetière,

pour éviter la communion des Ariens. Là se commirent tous les excès

dont une soldatesque brutale est capable, quand on lui sait gré de sa

barbarie. On employa les chevalets, les flammes, les ongles de fer. Par

un raffinement de cruauté, on fit battre un grand nombre de vierges, et

d'autres personnes, avec des branches de palmier armées de toutes leurs

pointes. Plusieurs en moururent. On cachait les corps de ces martyrs;

on ne les rendait que pour de grosses sommes d'argent; autrement on

les faisait dévorer par des chiens. Ceux qui donnaient retraite aux

catholiques étaient traités avec rigueur; c'était un crime de les

soulager de quelques aumônes; les pauvres mouraient de faim: les païens

eux-mêmes détestaient ces inhumanités, et maudissaient les Ariens

qu'ils regardaient comme des bourreaux.

[Note 69: Le 2 juin.--S.-M.]

[Note latérale: VII. Exils des évêques.

[Tillem. vie de S. Athan. art. 78, 79 et 80.]]

Constance avait ordonné de chasser les évêques hors de leurs villes

épiscopales[70]; mais George ne se contentait pas de les arracher à

leur troupeau: après les avoir faits meurtrir de coups, on les envoyait

les uns aux mines (c'était surtout à celles de Phæno[71] en Arabie,

où l'on mourait en peu de jours), les autres au fond des déserts:

et pour les faire périr par la fatigue du voyage, les évêques de la

Thébaïde et ceux de la basse Egypte se croisant les uns les autres,

étaient traînés, les premiers aux déserts d'Ammon, les autres aux

solitudes de la grande Oasis; contrées également affreuses, et que des

plaines immenses de sables brûlants rendaient inhabitables. Ces prélats

vénérables, courbés sous le poids de leurs fers, plusieurs même de leur

vieillesse, évêques avant la naissance de l'hérésie dont ils étaient

les victimes, traversaient les déserts en chantant des hymnes, et ne

plaignaient que leurs persécuteurs. Quelques-uns moururent en chemin,

et honorèrent de leur sépulture ces solitudes arides, redoutées même

des bêtes féroces. Pour remplacer les évêques bannis, George vendait

les églises à des décurions ariens, qui achetaient ainsi l'exemption

des charges civiles, à des libertins, à des hommes flétris par leurs

crimes, à des païens; il les y faisait établir à main armée.

[Note 70: Il y eut seize évêques de bannis. Trente autres furent

obligés de s'enfuir. Parmi les premiers on distingue Dracontius

d'Hermopolis, Adelphius d'Onuphis, et Philon, dont le siége est

inconnu.--S.-M.]

[Note 71: Φαινῶ. Ce lieu, où on envoyait les homicides, était situé

dans le désert de Palestine, entre la ville de Pétra dans l'Idumée,

et celle de Zoara qui était à l'extrémité méridionale de la mer

Morte.--S.-M.]

[Note latérale: VIII. George chassé et rétabli.

Epiph. hær. 76, t. 1, p. 913.

Amm. l. 22, c. 11.

Soz. l. 4, c. 9 et 11.

[Tillem. vie de S. Athan. art. 82.]]

Le nouveau prélat, autant pour racheter l'impunité de tant de crimes

que pour satisfaire son avarice et celle des eunuques qu'il fallait

sans cesse désaltérer, se mit à faire le métier de partisan. Il prit la

ferme du salpêtre[72], qu'on tirait tous les ans en grande abondance

du lac Maréotis; il s'empara de toutes les salines, et de tous les

marais où croissait le _papyrus_. Autorisé par les magistrats qui se

vendaient à tous ses caprices, il s'avisa d'imposer un tribut sur les

morts; il fit fabriquer un grand nombre de cercueils, dont on était

forcé de se servir pour porter les corps à la sépulture, et il en

tirait un droit. Oubliant sa dignité, qui n'inspire que des conseils

de justice et de douceur, dit un auteur païen[73], il se chargeait

de l'odieux personnage de délateur. Il travaillait à la ruine de son

peuple par les avis qu'il donnait à Constance: on dit qu'il voulut

persuader à ce prince, que l'empereur était propriétaire de toutes les

maisons d'Alexandrie, et qu'en cette qualité il en devait retirer les

revenus, parce qu'il avait succédé aux droits d'Alexandre le Grand,

qui avait fait bâtir la ville à ses dépens. La tyrannie jointe à tant

de bassesse alluma contre lui une haine si furieuse, que le peuple

l'attaqua dans l'église même, et l'aurait mis en pièces, s'il n'avait

promptement pris la fuite. Il alla se réfugier à la cour[74]. On

chassa aussitôt de toutes les villes les évêques nouvellement intrus:

mais le duc d'Égypte ne tarda pas à les rétablir. Bientôt on vit

arriver à Alexandrie un secrétaire de l'empereur, chargé de châtier

les habitants. Il y en eut un grand nombre qui furent tourmentés et

battus de verges. George revint peu de temps après[75], aussi détesté

qu'auparavant, mais plus redouté.

[Note 72: Νίτρον. Il est probable qu'il s'agit ici du natron, qui

se tire, en grande abondance, des lacs salés, situés dans le désert de

Libye, au sud-ouest d'Alexandrie. Ce canton devait, à cette production,

le nom de _Nitriotis_.--S.-M.]

[Note 73: _Professionisque suæ oblitus, quæ nihil nisi justum

suadet et lene, ad delatorum ausa feralia desciscebat._ Amm. Marcel.,

l. 22, c. 11.--S.-M.]

[Note 74: Il était à Sirmium auprès de Constance, au mois de mai

359.--S.-M.]

[Note 75: Au mois d'octobre 359.--S.-M.]

[Note latérale: IX. Fuite de S. Athanase.

Ath. apol. ad Const. t. 1, p. 308-316, et vita Anton. p. 864.

Rufin, l. 10. c. 18 et 19.

[Greg. Naz. or. 21, t. 1, p. 384.]]

Athanase était resté quelques jours caché dans Alexandrie avec tant

de précaution, que les fidèles mêmes ne connaissaient pas le lieu de

sa retraite. A l'arrivée de George, il s'enfuit dans les déserts.

Peu de temps après, il retourna sur ses pas dans le dessein d'aller

trouver l'empereur. Il se fiait sur sa propre innocence, et ne pouvait

se persuader que le prince eût oublié ses promesses et ses serments.

Mais il n'en fut que trop convaincu par la lecture de deux lettres de

Constance: l'une était adressée aux habitants d'Alexandrie; il les

exhortait à obéir à George qu'il comblait de louanges; il menaçait

de toute son indignation les partisans d'Athanase, dont il traçait

le portrait le plus affreux. L'autre était écrite aux deux rois

d'Éthiopie, Aïzan et Sazan[76]: l'empereur leur ordonnait comme à des

vassaux, d'envoyer en Égypte Frumentius, ordonné évêque par Athanase,

afin qu'il y vînt puiser la saine doctrine dans les instructions

de George; et de mettre Athanase lui-même, s'il était dans leurs

états, entre les mains des officiers romains. Athanase apprit en même

temps, qu'on gardait tous les passages; qu'on examinait tous ceux

qui sortaient d'Alexandrie; qu'on visitait tous les vaisseaux. Il se

retira donc dans les sables d'Égypte, et il y resta jusqu'à la mort

de Constance. D'abord il vécut avec les moines qui habitaient ces

retraites; et ces hommes angéliques, consommés dans la pratique des

plus sublimes vertus, trouvaient dans le nouvel anachorète un maître et

un modèle. Athanase, au milieu de ces solitudes, recueillit un héritage

plus précieux pour lui que tous les trésors d'Alexandrie; c'était

une tunique de peaux de brebis que lui avait laissée saint Antoine,

mort quelque temps auparavant à l'âge de cent cinq ans. Les soldats

poursuivirent le saint évêque jusque dans ces affreuses contrées. Pour

épargner à ses hôtes les mauvais traitements et les massacres, il

s'enfonça plus avant dans les déserts, où il ne recevait de secours

que d'un chrétien fidèle, qui lui apportait au hasard de sa vie les

aliments les plus nécessaires. Il se tint même long-temps enfermé

dans une citerne sèche, dont il fut encore obligé de sortir, parce

qu'on l'avait trahi. Ce héros de la foi, fuyant, poursuivi, abandonné,

manquant de tout, excepté de la grace divine, forgeait au fond de

ces déserts des foudres qui allaient frapper George et les Ariens au

milieu d'Alexandrie; et dans des alarmes continuelles, il trouva en

lui-même, ou plutôt en Dieu qui le couvrait partout de ses ailes, assez

de repos et de force, pour composer une grande partie de ces ouvrages

pleins d'onction, d'éloquence et de lumières, qui feront toujours

l'instruction et l'admiration de l'église.

[Note 76: Ou plutôt _Aeïzanas_ et _Saïazanas_. Athanase appelle

ces princes (Apol. ad Const. tom. 1, pag. 313 et 315) oἵ ἐν Ἀυξούμει

τύραννοι, _les tyrans d'Auxoum_. Dans l'adresse de sa lettre, Constance

ne leur donne aucun titre. Νικήτης Κονστάντιος μέγιστος σέβαστος Αἰ

ζανᾷ καἰ Σαζανᾷ. Μ. Salt, pendant le premier voyage qu'il fit en

Éthiopie, en 1806, découvrit dans les ruines d'Axoum une inscription,

longue et fort intéressante relative aux mêmes princes. Elle fut érigée

pour conserver le souvenir des victoires _d'Aeïzanas_, sur un peuple

rebelle nommé _Bougaïtæ_, ΒΟΥΓΑΕΙΤΩΝ. Ce peuple paraît être le même

que les Blemmyes, dont le nom véritable est _Bedjah_ ou _Bodjah_; car

pour l'autre dénomination, ils la tenaient des Égyptiens. _Aeïzanas_

prend, sur ce monument, les titres de _roi des Axomites, des Homérites,

de Raeidan, des Éthiopiens, des Sabæites, de Siléa, de Tiamo, des

Bougaïtes et de Kaeï_. A cette nomenclature, il ajoute le titre de

roi des rois. On voit qu'à cette époque les _Homérites_, c'est-à-dire

les habitants de l'Yemen, obéissaient au même souverain que les

Éthiopiens. C'est un état de choses qui s'est renouvelé depuis. Ceci

est d'accord avec une loi du 16 janvier 356 (Cod. Th. l. 12, tit. 12),

dans laquelle il est question d'une ambassade envoyée par Constance

aux Axoumites et aux Homérites. Il paraît qu'_Aeïzanas_ n'était pas

encore chrétien, puisqu'il se dit fils de l'invincible Mars, υἱὸς θεοῦ

ἀνικήτου Ἄρεως. Outre son frère _Saïazanas_ mentionné dans la lettre

de Constance, l'inscription en nomme un autre _Adephas_. C'est à leur

valeur qu'_Aeïzanas_ dut la soumission des _Bougaïtes_; il était seul

souverain. Toutes ces circonstances réunies donnent lieu de croire que

le monument dont il s'agit est antérieur à la lettre de Constance. Voy.

à ce sujet les deux _Voyages de M. Salt_, et une lettre de M. Silv.

de Sacy, insérée dans les anciennes _Annales des voyages_, t. XII, p.

33.--S.-M.]

[Note latérale: X. Diverses violences des Ariens.

Ath. ad monach. t. 1, p. 368 et 369.

Hilar. in Const. p. 1237-1260.

[Sulp. Sev. l. 2, c. 55 et 56.]

Baronius.

Hermant, vie de S. Athan. l. 7, c. 28.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 130 / 331 题