Hier. vir. illust. c. 95. t. 2, p. 915. Baronius.]

Les emportements pleins d'indécence, auxquels Constance s'abandonna

dans ce concile, le rendirent tout-à-fait méprisable. On oublia ce

qu'on devait à l'empereur, après qu'il eut oublié ce qu'il se devait

à lui-même; et quoique les divins oracles ne recommandent pas moins

le respect pour les souverains que le zèle pour la vérité, cependant

les prélats les plus saints, et dont la mémoire sera à jamais en

vénération dans l'église, ne virent plus en l'empereur que la personne

de Constance, c'est-à-dire, l'égarement, l'injustice et la faiblesse.

C'est sans doute à ce sentiment qu'il faut attribuer l'extrême liberté

avec laquelle saint Hilaire de Poitiers invectiva quelque temps après

contre l'empereur dans un écrit qu'il lui adressa à lui-même. On croit

à la vérité que cette requête composée du vivant de Constance, ne fut

publiée qu'après sa mort. La hardiesse de Lucifer est moins étonnante:

c'était un homme dur, chagrin, incapable de ménagement. Pendant son

exil il envoya au prince cinq livres remplis des reproches les plus

atroces, et il trouva un homme assez hardi pour les présenter de sa

part à l'empereur. Constance inégal et bizarre se piquait quelquefois

d'une patience philosophique: on rapporte qu'un de ses courtisans qui

voulait exciter sa colère, lui ayant dit un jour: _Rien n'est plus

doux que l'abeille; vous voyez cependant qu'elle n'épargne pas ceux

qui viennent piller ses rayons_; ce prince lui répliqua: _Mais vous

voyez aussi qu'il lui en coûte la vie pour un coup d'aiguillon_. Il

se trouva dans cette heureuse disposition à l'égard de Lucifer. Il

chargea Florentius, grand-maître du palais, de savoir du prélat même,

s'il était l'auteur de ces écrits. Lucifer avoua l'ouvrage, le renvoya

avec un sixième livre encore plus outrageant, et protesta qu'il était

prêt à mourir avec joie. L'empereur se contenta de le reléguer en

Thébaïde. Le schisme auquel Lucifer se porta dans la suite par un effet

de son caractère inflexible, nous dispense de chercher à le justifier.

Mais ce qui est embarrassant, c'est que saint Athanase, qui était en

ce temps-là le modèle de la vertu, ainsi que le défenseur de la foi

chrétienne, approuve ces livres audacieux, qu'il en loue l'auteur

comme un homme embrasé de l'esprit de Dieu, et que dans sa lettre aux

solitaires il n'épargne pas lui-même l'empereur. Nous pardonnera-t-on

de dire ici, avec le respect dû à la mémoire de ces saints prélats, que

l'humanité, même dans sa plus grande perfection, manque quelquefois

de justesse pour concilier des devoirs qui semblent se combattre, ou

d'étendue pour les embrasser tous; et que les grands saints, pour être

des héros, ne cessent pas d'être des hommes?

[Note latérale: LXIV. Exil de Libérius.

Ath. ad monach. t. 1, p. 364-368.

Amm. l. 15, c. 7.

Hier. chron. Theod. l. 2, c. 16, 17.

[Socr. l. 2, c. 37.]

Soz. l. 4, c. 11.

Theoph. p. 33.

Pagi, in Baron.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 124 / 331 题