Till. Arian. art. 49, 50.]

Pendant que Magnence passait les Alpes pour entrer en Pannonie,

Constance tenait à Sirmium un concile où Photinus nouvel hérésiarque

fut condamné et déposé. Mais les plus grands efforts des Ariens

portaient contre Athanase; ils ne le perdaient jamais de vue. Ils

obtinrent de l'empereur un édit de bannissement contre tous ceux qui

ne souscriraient pas à la condamnation de l'évêque d'Alexandrie. Le

pape Jules mourut le 12 avril 352, après avoir tenu le saint siége un

peu plus de quinze ans. Libérius lui succéda. Il sollicita l'empereur

d'assembler un concile à Aquilée, pour examiner la question de la foi,

et l'affaire d'Athanase. Constance, qui depuis la mort de Magnence

séjournait dans la ville d'Arles, s'offensa de cette demande. Il

écrivit au peuple romain une lettre pleine d'invectives atroces contre

Libérius, et fit assembler dans Arles un concile, où les évêques ariens

qui suivaient la cour, se trouvèrent les plus forts. Vincent légat du

pape, intimidé par l'empereur et par les Ariens, consentit à abandonner

Athanase, pourvu qu'on voulût aussi condamner la doctrine d'Arius. Les

Ariens rejetèrent la condition, et ce vénérable vieillard, qui avait

assisté au concile de Nicée et à tant de jugements rendus depuis en

faveur du saint évêque, déshonora ses cheveux blancs en souscrivant

à une injuste condamnation. Les menaces et les mauvais traitements

de l'empereur firent succomber avec lui plusieurs évêques d'Occident:

les autres demeurèrent fermes. Paulinus évêque de Trèves fut exilé en

Phrygie où il mourut. Vincent se releva bientôt de sa chute. Libérius

désavoua par plusieurs lettres la souscription de son légat; il demanda

de nouveau un concile, et il obtint qu'il serait convoqué à Milan

l'année suivante.

[Note latérale: LX. Fourberies des Ariens.]

Lorsque la cour fut établie à Milan, les Ariens contrefirent des

lettres, par lesquelles Athanase demandait à l'empereur la permission

de venir en Italie. Constance y fut trompé; il envoya à l'évêque son

consentement par un officier du palais, nommé Montanus. Le dessein des

Ariens était de faire sortir Athanase de son église, dont ils voulaient

se rendre maîtres; ou d'irriter l'empereur, si le prélat, refusait de

venir, en le dépeignant comme un insolent qui se jouait de la majesté

impériale, ou comme un ennemi caché qui n'avait changé d'avis que par

une défiance injurieuse au prince. Athanase sentit l'artifice; et

comme les lettres de Constance ne portaient pas un ordre, mais une

permission, il resta dans son église, protestant qu'il n'avait rien

demandé, et que cependant il était prêt à partir au premier ordre de

l'empereur. Il envoya cette réponse par des députés, dont les raisons

furent moins écoutées que les mensonges des Ariens.

[Note latérale: LXI. Concile de Milan.

Ath. ad monach. t. 1, p. 363, et apol. 1, de fug. p. 322.

Ruf. l. 10, c. 20.

Socr. l. 2, c. 36.

Theod. l. 2, c. 15.

Soz. l. 4, c. 9.

Sulp. Sev. l. 2, c. 55.

Hermant, vie de S. Ath. l. 7, c. 1 et suiv.

Till. vie d'Eusèbe de Verc. art. 8, 9, et vie de S. Hilaire, art. 5 et

Arian. art. 51.]

Au commencement de l'année 355, le concile s'assembla à Milan. Il s'y

rendit peu d'évêques orientaux; mais ceux de l'Occident s'y trouvèrent

au nombre de plus de trois cents. L'empereur y présida: toute liberté

fut accordée aux sectateurs d'Arius; nulle aux catholiques. Le pape

y envoya trois députés, dont le premier et le plus célèbre était

Lucifer, évêque de Cagliari en Sardaigne[66]. Le concile se tint

d'abord dans l'église. Il s'agissait de deux points, que chaque parti

s'efforçait d'emporter: les Ariens voulaient qu'Athanase fût condamné,

les catholiques demandaient la condamnation de la doctrine d'Arius;

et à cette condition quelques-uns se relâchaient jusqu'à sacrifier

Athanase. Comme le peuple favorisait les catholiques, Constance, pour

se rendre maître du concile, le transféra dans le palais. Là ce prince,

faisant l'inspiré, déclara que son dessein était de rétablir la paix

dans ses états; que Dieu lui-même l'avait instruit en songe, et que les

succès dont le ciel l'avait comblé, étaient un gage infaillible de la

pureté de sa foi. En conséquence, il proposait un formulaire rempli du

venin de l'arianisme. Les catholiques, et surtout les députés du saint

siége s'y opposèrent avec force; et dans un lieu où l'empereur n'était

séparé d'eux que par un rideau, ils s'échappèrent jusqu'à le nommer

hérétique, et précurseur de l'Ante-christ. On peut juger de la colère

de Constance; il les traite d'insolents; il s'écrie que si c'est sa

volonté d'être arien, ce n'est pas à eux de l'en empêcher: il s'adoucit

cependant jusqu'à en venir aux prières. Comme elles étaient inutiles,

les évêques ariens voulant sonder la disposition du peuple, firent lire

publiquement le formulaire dans l'église; il fut rejeté avec horreur.

Alors Constance, ne ménageant plus rien, prend ouvertement le parti

des Ariens; il dépose le personnage de juge qu'il avait prétendu

faire jusqu'alors; il seconde les accusateurs, il impose silence aux

défenseurs d'Athanase; et sur ce que les orthodoxes objectaient qu'on

ne devait plus écouter Ursacius et Valens, depuis qu'ils avaient

eux-mêmes démenti leur accusation, il se lève brusquement et s'écrie:

_C'est moi qui suis accusateur d'Athanase; croyez ceux-ci comme

moi-même._ En vain on lui représente qu'Athanase est absent; qu'il faut

l'entendre; que cette nouvelle forme de jugement est contraire aux

canons: _Eh bien_, dit-il, _ce que je veux, ce sont là les canons: les

évêques de Syrie m'obéissent quand je leur parle; obéissez, ou vous

serez exilés_. Ces évêques levant tous les mains au ciel, l'avertissent

que l'autorité souveraine n'est qu'un dépôt entre ses mains; ils

le conjurent de ne pas violer les règles de l'église, et de ne pas

confondre le pouvoir spirituel avec la puissance temporelle. Offensé de

ces remontrances, il les interrompt avec menaces; il s'emporte jusqu'à

tirer l'épée; il ordonne qu'on les mène au supplice. Ils partent pour

mourir, sans demander grace; mais il les rappelle aussitôt, et il

prononce la sentence d'exil contre Lucifer, Eusèbe de Verceil et Denys

de Milan: il déclare qu'Athanase mérite d'être puni, et que les églises

d'Alexandrie doivent être livrées à ses adversaires. Ursacius et Valens

joints aux eunuques font battre de verges le diacre Hilaire, l'un des

légats du saint siége. Quelques évêques intimidés, croyant procurer

la paix à l'église, consentent à la condamnation d'Athanase: cette

lâche complaisance fut aussi inutile qu'elle était injuste: les Ariens

exigeaient encore qu'on se joignît de communion avec eux.

[Note 66: Les deux autres étaient le prêtre Pancratius, appelé

Eutrope par saint Athanase (ad monach., t. 1, p. 314), et Hilaire,

diacre de Rome.--S.-M.]

[Note latérale: LXII. Exil des évêques catholiques.]

Après la séance, Eusèbe grand-chambellan entre à main armée dans

l'église de Milan. Il frappe le peuple à coups d'épées; il fait enlever

jusque dans le sanctuaire près de cent cinquante personnes, évêques,

ecclésiastiques, laïcs. On les enferme dans les thermes de Maximien. Le

lendemain on traîne Denys au palais. Comme il y demeurait long-temps,

tous les habitants, hommes et femmes, y accourent en foule; ils

demandent à grands cris qu'on chasse les Ariens, et qu'on leur rende

leur évêque. Denys se montre et les apaise. Il va à l'église célébrer

les saints mystères: comme il en sortait, on l'enlève, on l'enferme, et

la nuit suivante on le fait partir avec Lucifer et Eusèbe. Ces prélats

secouant la poussière de leurs pieds s'en vont au lieu de leur exil,

comme à un poste que la Providence leur assignait. Ils y souffrirent

tous les mauvais traitements dont leurs ennemis purent s'aviser. Denys

y perdit la vie. Dès qu'il fut sorti de Milan, l'empereur plaça sur son

siége Auxentius, à peine chrétien, qu'il avait fait venir de Cappadoce,

et qui n'entendait pas même la langue de son nouveau diocèse; il avait

été ordonné prêtre par Grégoire faux évêque d'Alexandrie. Un autre

évêque aussi méchant qu'Auxentius, mais encore plus hardi et plus

violent, se signala dans ce concile, et servit en zélé courtisan la

passion du prince. C'était Epictète, fort jeune, très-ignorant, baptisé

depuis peu, et déja évêque de _Centumcellæ_ en Italie, aujourd'hui

_Civita Vecchia_. Il était Grec et étranger dans son diocèse; mais il

connaissait la cour, et c'en était assez. On choisit les villes de

l'Orient, dont les églises étaient gouvernées par les plus furieux

ariens, pour y reléguer les prélats catholiques. On les séparait pour

les affaiblir; mais cette dispersion ne servit qu'à répandre plus au

loin la foi de Nicée, et la honte de l'hérésie.

[Note latérale: LXIII. Liberté des évêques contre Constance.

Hilar. ad Const. p. 1217-1224.

Pagi, ad Baron.

Horn. ad Sulp. Sev. l. 2, c. 55.

Till. vie de Lucif. art. 2.

Ath. ad Lucif. t. 1, p. 965.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 123 / 331 题