Hermant, vie de S. Ath. l. 7, c. 10, 11, et 12.]

L'empereur désirait ardemment que la condamnation d'Athanase fût

confirmée par l'évêque de Rome, dont le suffrage est d'un plus grand

poids que celui des autres évêques[67], dit un auteur païen de ce

temps-là. Il envoie donc à Libérius son chambellan Eusèbe, qui portait

à la fois des présents et des menaces. Les présents ne purent éblouir

le pontife; il tint ferme contre les menaces, protestant qu'il ne

déshonorerait pas l'église romaine en condamnant celui qu'elle avait

reconnu innocent. L'eunuque, rebuté, va déposer les présents de

l'empereur dans l'église de Saint-Pierre. Le pape vient à l'église, et

fait jeter dehors cette offrande, comme le prix d'une trahison impie.

Eusèbe de retour irrite les autres eunuques, et tous se réunissent

pour aigrir l'esprit de l'empereur. Constance envoie ordre à Léontius

préfet de Rome de surprendre Libérius, ou de s'en saisir par force,

et de le faire conduire à Milan. La commission était dangereuse; la

vertu du pontife lui attachait tous les cœurs. L'alarme se répand dans

la ville. En vain Léontius met en œuvre les promesses, les menaces,

la persécution même pour détacher le troupeau des intérêts de son

pasteur. La maison de Libérius était doublement gardée; les soldats

en défendaient l'entrée; le peuple fermait toutes les issues. Enfin

pendant toute une nuit on vint à bout de tromper la vigilance du

peuple. Libérius fut enlevé et transporté à Milan. Constance fit de

vains efforts pour l'ébranler: le pontife dans une conférence fort

pressante sut mieux que l'empereur soutenir sa dignité; il lui ferma la

bouche par la sagesse de ses réponses: et comme le prince lui donnait

trois jours pour décider entre le séjour de Rome et l'exil: _J'ai

déja dit adieu à mes frères de Rome_, répondit-il; _trois jours non

plus que trois mois ne changeront rien à ma résolution: envoyez-moi

tout à l'heure où il vous plaira_. Il fut exilé à Bérhée en Thrace,

dont l'Arien Démophile était évêque. Comme il était sur le point de

partir, Constance lui fit porter cinq cents pièces d'or pour aider à

sa subsistance: _Reportez cet argent à l'empereur_, dit-il; _il lui est

nécessaire pour payer ses soldats_. L'impératrice Eusébia lui envoya

la même somme; il la refusa encore en disant: _Qu'on donne cet argent

à Auxentius et à Epictète; ils en ont besoin_. Enfin l'eunuque Eusèbe

osa lui en offrir: _Tu as pillé les églises_, lui dit Libérius, _et tu

m'offres une aumône comme à un criminel! va, avant que de faire des

présents aux chrétiens, deviens chrétien toi-même_. Tout le clergé de

Rome jura en présence du peuple de ne point recevoir d'autre évêque,

tant que Libérius vivrait. Cependant Félix diacre de l'église romaine,

élu par la faction des Ariens, osa accepter cette dignité. Le peuple

ayant fermé toutes les églises, l'ordination fut célébrée dans le

palais par trois évêques ariens, sans autres témoins que les eunuques.

L'intrusion de Félix causa une sanglante émeute; plusieurs y perdirent

la vie. Le peuple refusa toujours de reconnaître le nouveau pontife:

mais un assez grand nombre d'ecclésiastiques, quoiqu'ils fussent liés

par leur serment, ne montrèrent pas la même constance. Selon la plupart

des auteurs, Félix conserva la foi de Nicée; ils ne lui reprochent

que son élection et sa condescendance pour les Ariens dont il ne se

sépara pas de communion. Quelques-uns même ont prétendu qu'il fut élu

de l'avis de Libérius par les prêtres catholiques, et qu'il doit être

compté entre les papes légitimes.

[Note 67: _Tamen auctoritate quoque, qua potiores æternæ urbis

episcopi._ C'est ainsi que s'exprime Ammien Marcellin, et c'est une

preuve assez évidente que la suprématie du siége de Rome était alors

reconnue par les autres évêques.--S.-M.]

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 125 / 331 题