Constant, inviolablement attaché à la vérité dans le sein même du
désordre, avait enchaîné la fureur de l'hérésie, et forcé son frère
de rendre la paix aux fidèles, et les vrais pasteurs à leur troupeau.
Sa mort ouvrit une libre carrière à la malignité des Ariens. La
haine de Constance contre les orthodoxes n'avait été que plus aigrie
par la contrainte. Cependant ce prince, ayant honte de se dédire si
promptement, garda encore quelques mesures. On accusait Athanase
d'avoir animé Constant contre son frère; d'entretenir de secrètes
intelligences avec Magnence; d'avoir porté le mépris qu'il faisait
de l'empereur, jusqu'à célébrer sans sa permission la dédicace de la
grande église, nommée la Césarée, que Constance venait de faire bâtir
à Alexandrie; d'exciter des mouvements en Egypte et en Libye, et de se
former une monarchie ecclésiastique, en établissant des évêques dans
des provinces qui n'étaient pas soumises à sa jurisdiction. Il était
aisé au saint prélat de détruire ces calomnies; il le fit pleinement
six ans après par une véhémente apologie qu'il adressa du fond des
déserts à l'empereur. Mais dans ces commencements il n'en eut pas même
besoin. L'empereur occupé de la guerre contre Magnence, craignant de
révolter l'Egypte en maltraitant le métropolitain, lui écrivit pour le
rassurer. Il envoya même par le comte Astérius et Palladius, maître
des offices, des lettres adressées à Felicissimus duc d'Egypte, et au
préfet Nestorius, les chargeant tous deux de veiller à la conservation
d'Athanase. Les Ariens ne se rebutèrent pas. Ils avaient regagné
Ursacius et Valens, qui n'eurent pas honte de se déshonorer, en
révoquant la rétractation authentique qu'ils avaient donnée de leurs
erreurs et de leurs calomnies en présence de deux conciles. Ces deux
évêques prétendirent faussement que Constant les avait forcés à cette
démarche; et Constance se trouva très-disposé à les en croire sur leur
parole. De concert avec plusieurs autres évêques ariens, ces imposteurs
tournaient à leur gré l'esprit de l'empereur; et Valens surtout, depuis
la bataille de Mursa, en était écouté comme un prophète. Ils lui
répétaient sans cesse que leur parti se décréditait, et qu'il allait
lui-même passer pour un hérétique: ils lui représentaient l'union des
évêques avec Athanase, comme une cabale dangereuse.
[Note latérale: LVIII. Exil et mort de Paul de C. P.
Ath. ad monach. t. 1, p. 348, et de fuga sua, p. 322.
Zos. l. 2, c. 46.
Socr. l. 2, c. 26.
Theod. l. 2, c. 5.
Soz. l. 4, c. 2.
Theoph. p. 36.