Le premier effet de leur crédit fut la mort de Paul, évêque de
Constantinople. L'empereur manda à Philippe préfet d'Orient de le
chasser, et de rétablir Macédonius. Le peuple chérissait son évêque,
et le préfet se souvenait du massacre d'Hermogène. Pour se mettre à
l'abri de la sédition, il s'enferme dans les thermes de Zeuxippe; il
fait prier Paul de l'y venir trouver pour une affaire importante. Dès
qu'il est arrivé, il lui montre l'ordre du prince. Le prélat s'y
soumet sans répugnance: mais le préfet n'était pas sans alarmes. Le
peuple, inquiet pour son pasteur, s'était assemblé autour des thermes
et faisait grand bruit. Le saint prélat se prêta volontiers aux mesures
qu'il fallait prendre pour le dérober à l'amour de son peuple. On le
fit passer par une fenêtre dans le palais voisin, qui donnait sur la
mer; et de là on le descendit dans une barque prête à faire voile, et
qui s'éloigna sur-le-champ. Aussitôt Philippe monte sur son char, il
fait asseoir à côté de lui Macédonius, et va droit à l'église. La garde
qui marchait l'épée nue intimide les habitants. On accourt de toutes
parts à l'église. La foule y était si grande, que le préfet n'y pouvant
entrer, les soldats s'imaginèrent que le peuple faisait résistance, et
fondirent à grands coups d'épée sur cette innocente multitude. Plus
de trois mille y périrent, les uns tués par les soldats, les autres
écrasés par la foule; et Macédonius alla au travers de ces corps morts
prendre possession de la chaire épiscopale. Paul chargé de chaînes
fut d'abord conduit à Emèse, de là transféré à Cucusus en Cappadoce,
dans les déserts du mont Taurus, où il fut étranglé. Les Ariens
publièrent qu'il était mort de maladie. Mais le vicaire Philagrius,
déja connu par ses méchancetés, jaloux peut-être de n'avoir pas été
choisi pour bourreau, fit savoir aux catholiques que Paul renfermé
dans un cachot étroit et ténébreux y avait été laissé sans nourriture,
et que six jours après, comme il respirait encore, le préfet Philippe
l'avait étranglé de ses propres mains. Ce Philippe avait été consul
en 348. Il est différent de celui qui fut député à Magnence, et
retenu prisonnier. Peu de temps après la mort de Paul, arrivée vers le
commencement de 351, ce ministre d'iniquité encourut la disgrace de
Constance: l'histoire n'en dit pas la cause. Il fut dépouillé de sa
dignité et mourut, dit-on, de désespoir et de crainte, tremblant sans
cesse, et attendant à chaque moment son arrêt de mort.
[Note latérale: LIX. Concile d'Arles.
Ath. apol. 1; de fuga, t. 1, p. 322.
Hilar. fragm. p. 1331.
Sulp. Sev. l. 2, c. 52 et 55.
[Socr. l. 2, c. 29.