Till. art. 38.]

Constance avait donné à Julien le gouvernement de la Gaule, de

l'Espagne, et de la Grande-Bretagne: il l'avait créé César pour

l'opposer aux Barbares: mais son aveugle jalousie semblait s'entendre

avec eux. Il fit tout ce qu'il fallait pour empêcher Julien de réussir.

On soupçonna même, car on prête volontiers des crimes aux princes qui

ne sont pas aimés, on soupçonna qu'il ne l'envoyait en Gaule que pour

le perdre. Il est plus vraisemblable que son dessein était seulement de

le tenir comme en tutelle, et de lui ôter tous les moyens de se rendre

trop puissant. Il ne restait en Gaule que peu de troupes, accoutumées

à fuir devant les Barbares: l'empereur ne donna à Julien qu'une faible

escorte de trois cents soixante soldats; les généraux avaient ordre

d'observer ses démarches avec plus de soin que les mouvements des

ennemis. On laissait Ursicin dans la province, mais il ne conservait

que le titre de général sans emploi. Le secret de la cour et tout le

pouvoir était entre les mains de Marcellus, qui partait avec Julien.

Les officiers dont on composa son conseil, étaient plus propres à

l'arrêter dans le chemin de la gloire, qu'à l'exciter aux grandes

entreprises. On mit à son autorité les bornes les plus étroites;

et selon l'expression d'un auteur contemporain, Julien ne pouvait

disposer que de sa casaque. On ne le laissa maître d'aucune grace,

d'aucune libéralité. Loin d'accorder aux troupes quelque gratification

extraordinaire, comme c'était la coutume à la promotion des nouveaux

Césars, on ne leur paya pas même les montres qui leur étaient dues;

et l'on eut lieu de prendre à la lettre ces expressions de Constance,

que c'était son image qu'il envoyait en Gaule, plutôt qu'un nouveau

prince. Julien partit avec sa petite escorte le 1er de décembre: le

temps fut si beau pendant son voyage, que ses admirateurs n'ont pas

oublié d'en faire un miracle. Constance l'accompagna jusqu'au-delà de

Pavie [_Ticinum_][65], et reçut en chemin la nouvelle de la prise et

du saccagement de Cologne. Craignant que cet événement ne rompît ses

mesures, il en fit un secret à Julien, qui n'en fut informé qu'à son

arrivée à Turin. Un si triste commencement affligea fort le prince;

on lui entendit plusieurs fois dire, en soupirant, qu'en devenant

César il n'avait gagné que de périr avec moins de tranquillité. Un

présage, quoique frivole, fut toutefois suffisant pour rassurer les

soldats. Comme il traversait une petite ville de Gaule, c'était la

première qu'il rencontrait sur sa route, une des couronnes qu'on

avait suspendues sur son passage, se détacha et se posa sur sa tête:

on poussa des cris de joie, comme sur un pronostic assuré de la

victoire. Julien s'arrêta à Vienne, où il fut reçu au milieu des

acclamations d'un grand peuple. On célébra son entrée comme celle d'un

génie salutaire, et du libérateur de la Gaule. On dit qu'une vieille

femme aveugle et idolâtre, bien instruite apparemment des secrètes

dispositions de Julien, ayant demandé qui était celui qui entrait dans

la ville, comme on lui eut répondu que c'était le César Julien, s'écria

d'un ton de prophétesse, que ce prince rétablirait le culte des dieux.

Nous raconterons ses exploits, quand nous aurons repris depuis la mort

de Constant les affaires de l'église, que l'empereur troublait de plus

en plus.

[Note 65: Jusqu'à un lieu où se trouvaient deux colonnes entre

Lumello dans le Piémont et Pavie. _Ad usque locum duabus columnis

insignem, qui Laumellum interjacet et Ticinum_, dit Ammien, l. 15, c.

8.--S.-M.]

[Note latérale: LVII. Nouvelles cabales des Ariens.

Ath. ad monach. t. 1, p. 360 et 375. et apol. ad Constant. p. 299 et

301.

Socr. l. 2, c. 26.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 119 / 331 题