Julien, placé dans un si grand jour, songea à mettre en œuvre ce qu'il
avait recueilli de tant d'études et de lectures. Son ame s'éleva et
s'étendit. Il se considéra comme un homme qui, s'étant jusqu'alors
exercé seulement dans son domestique, sans autre dessein que de
conserver sa santé, se trouverait tout à coup transporté dans le
stade olympique, en spectacle à tout l'univers, à ses citoyens dont
il aurait l'honneur à soutenir, aux Barbares qu'il faudrait intimider
par des miracles de force et de vigueur. Non-seulement il se proposa
de faire assaut de vertu et de courage avec ses contemporains; mais,
comme il le dit lui-même, il prit pour modèles Alexandre dans la
guerre, Marc-Aurèle dans la conduite des mœurs. Cependant Constance
n'eut pas plutôt approché Julien de sa personne que, par un effet de
sa légèreté et de sa défiance naturelle, il parut s'en repentir. Le
César était prisonnier à la cour; sa porte était gardée; on visitait
ceux qui entraient chez lui, de peur qu'ils ne fussent chargés de
lettres. Julien lui-même, pour ne pas attirer sur ses amis les soupçons
de l'empereur, les empêchait de le venir voir. Sous prétexte de lui
former une maison plus conforme à sa nouvelle dignité, on lui enleva
ses domestiques; on les remplaça par des gens inconnus, qui étaient
autant d'espions. A peine lui permit-on de conserver quatre de ses
anciens serviteurs: l'un d'eux était son médecin Oribasius[64], qu'on
lui laissa, parce qu'on ignorait qu'il était en même temps son ami.
Celui-ci, païen dans le cœur, ainsi que Julien, avait le secret de sa
religion, et l'aidait à en pratiquer les cérémonies.
[Note 64: Ce médecin est célèbre par sa science et par les ouvrages
qu'il a composés; ils n'ont pas encore été tous publiés. Il naquit à
Pergame, patrie de Galien, et accompagna Julien dans son expédition
contre les Perses. il survécut long-temps à son souverain, et prolongea
son existence jusqu'à la fin du quatrième siècle.--S.-M.]
[Note latérale: LVI. Il part pour la Gaule.
Jul. ad Ath. p. 277 et 278.
Amm. l. 15, c. 8.
Liban. or. 10, t. 2, p. 271 et 280.
Zos. l. 3, c. 2.
Eunap. in Max. t. 1, p. 54 et 55. ed. Boiss.
Socr. l. 3, c. 1.
Soz. l. 5, c. 2.
Zon. l. 13, t. 2, p. 20.