Zon. l. 13, t. 2, p. 20.]

Enfin le 6 novembre, Constance, ayant fait assembler toutes les troupes

qui se trouvaient à Milan, monta sur un tribunal élevé. Là, environné

des aigles et des autres enseignes des légions, tenant Julien par la

main, il le présenta aux soldats; et après avoir exposé en peu de mots

l'état de la Gaule, et les espérances que donnait le jeune prince, il

déclara qu'il avait résolu de le nommer César, si l'armée approuvait

son choix. Les soldats applaudirent. Alors Constance ayant revêtu

Julien du manteau de pourpre, le fit proclamer César. Se tournant

ensuite vers ce prince qui paraissait morne et rêveur: «Mon frère, lui

dit-il, je partage avec vous l'honneur de cette journée: vous recevez

la pourpre de vos pères, et je fais une action de justice en vous

communiquant ma puissance. Partagez aussi mes travaux et mes dangers.

Chargez-vous de la défense de la Gaule: guérissez les plaies dont cette

province est affligée. S'il est besoin de combattre, combattez à la

tête de vos troupes, les animant par votre exemple, les ménageant par

votre prudence, étant à la fois leur chef, leur ressource, le témoin

et le juge de leur valeur. Elle secondera la vôtre. Ma tendresse ne

vous perdra jamais de vue; et quand avec le secours du ciel nous

aurons rendu la paix à l'empire, nous le gouvernerons ensemble sur

les mêmes principes de douceur et d'équité. Quelque séparés que nous

soyons, je vous croirai toujours ainsi assis avec moi sur mon trône,

et vous aurez lieu de me croire toujours à côté de vous dans les

périls. Partez, César; vous portez l'espérance et les vœux de tous les

Romains: défendez avec vigilance le poste important que l'état vous

confie.» Ces paroles furent suivies d'une acclamation universelle.

Tous les yeux se fixèrent sur le nouveau César, qui montrait un

visage plus serein et plus animé. On lisait dans ses regards mêlés

de douceur et de fierté, qu'il allait être l'amour des siens et la

terreur des ennemis. On lui donnait des louanges, mais avec mesure, de

peur de blesser la délicatesse du souverain. Constance le fit asseoir

à côté de lui dans son char; et Julien, en rentrant dans le palais,

s'appliquant intérieurement un vers d'Homère[63], se regardait sous la

pourpre comme entre les bras de la mort. Peu de jours après il épousa

Hélène, sœur de l'empereur; ce fut encore un effet de la bienveillance

d'Eusébia, qui le combla de présents: le plus conforme à son goût fut

une belle et nombreuse bibliothèque, dont il fit grand usage dans son

expédition de Gaule.

[Note 63: Ἔλλαβε πορφύρεος θάνατος καὶ μοῖρα κραταιή. «La mort

couleur de pourpre et son puissant destin l'enleva.» ΙLIAD., l. 5, v.

83.--S.-M.]

[Note latérale: LV. Captivité de Julien dans le palais.

Jul. ad Ath. p. 274, et ad Them. p. 259. et or. 3, p. 120.

Liban. or. 10, t. 2, p. 240.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 117 / 331 题