Julien finissait sa vingt-quatrième année. Renfermé jusque-là dans un
cercle étroit, il s'était accoutumé à se repaître des applaudissements
de l'école. Les sophistes d'Athènes lui composaient une petite cour.
Admiré dans une ville qui avait été comme le berceau et qui était
encore un des plus célèbres asyles de l'idolâtrie, il ne désirait rien
tant que d'y fixer sa demeure, lorsqu'il reçut un ordre de Constance de
se rendre à Milan. Eusébia avait enfin déterminé son mari à le nommer
César. Elle lui avait représenté que Julien était jeune, simple, sans
aucune pratique des affaires; qu'il ne connaissait que les livres
et les écoles; que l'empereur n'ayant besoin que d'un fantôme qui
le représentât, personne n'était plus propre à faire ce rôle. _S'il
réussit_, disait-elle, _la gloire vous en reviendra toute entière; s'il
périt, vous serez défait du dernier de tous ceux qui pouvaient vous
porter ombrage_. Julien aurait préféré le séjour des climats les plus
sauvages à celui d'une cour meurtrière, où le glaive teint du sang de
son frère semblait attendre sa tête. Rempli d'inquiétude, il monte
au temple de Minerve: là fondant en larmes, appuyé sur la balustrade
sacrée, il supplie la déesse de lui ôter la vie plutôt que de le livrer
aux assassins de sa famille. Ses vœux furent inutiles; il fallut obéir.
Quand il fut arrivé à Milan, on le logea dans le faubourg. Eusébia
l'envoya plusieurs fois visiter de sa part; elle lui fit dire de
demander hardiment ce qu'il désirerait. Julien ne voulait d'abord pour
toute grace que d'être renvoyé sur ses terres. Mais il fut, dit-il,
averti par une inspiration secrète, que les dieux l'appelaient à la
cour; qu'il devait s'abandonner à leur conduite, et que, pour éviter un
danger incertain et éloigné, il allait se jeter dans un péril présent
et inévitable.
[Note latérale: LIII. Il paraît à la cour.
Jul. ad Ath. p. 274, et or. 3, p. 121.