Zos. l. 3, c. 1.]

Julien finissait sa vingt-quatrième année. Renfermé jusque-là dans un

cercle étroit, il s'était accoutumé à se repaître des applaudissements

de l'école. Les sophistes d'Athènes lui composaient une petite cour.

Admiré dans une ville qui avait été comme le berceau et qui était

encore un des plus célèbres asyles de l'idolâtrie, il ne désirait rien

tant que d'y fixer sa demeure, lorsqu'il reçut un ordre de Constance de

se rendre à Milan. Eusébia avait enfin déterminé son mari à le nommer

César. Elle lui avait représenté que Julien était jeune, simple, sans

aucune pratique des affaires; qu'il ne connaissait que les livres

et les écoles; que l'empereur n'ayant besoin que d'un fantôme qui

le représentât, personne n'était plus propre à faire ce rôle. _S'il

réussit_, disait-elle, _la gloire vous en reviendra toute entière; s'il

périt, vous serez défait du dernier de tous ceux qui pouvaient vous

porter ombrage_. Julien aurait préféré le séjour des climats les plus

sauvages à celui d'une cour meurtrière, où le glaive teint du sang de

son frère semblait attendre sa tête. Rempli d'inquiétude, il monte

au temple de Minerve: là fondant en larmes, appuyé sur la balustrade

sacrée, il supplie la déesse de lui ôter la vie plutôt que de le livrer

aux assassins de sa famille. Ses vœux furent inutiles; il fallut obéir.

Quand il fut arrivé à Milan, on le logea dans le faubourg. Eusébia

l'envoya plusieurs fois visiter de sa part; elle lui fit dire de

demander hardiment ce qu'il désirerait. Julien ne voulait d'abord pour

toute grace que d'être renvoyé sur ses terres. Mais il fut, dit-il,

averti par une inspiration secrète, que les dieux l'appelaient à la

cour; qu'il devait s'abandonner à leur conduite, et que, pour éviter un

danger incertain et éloigné, il allait se jeter dans un péril présent

et inévitable.

[Note latérale: LIII. Il paraît à la cour.

Jul. ad Ath. p. 274, et or. 3, p. 121.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 114 / 331 题