Constance communiqua son dessein à ses courtisans le 31 d'octobre:
il leur avoua pour la première fois qu'il ne pouvait porter seul le
poids de tant d'affaires, ni se partager entre tant de soins qui se
multipliaient tous les jours. On conçoit aisément combien ce discours
essuya de contradictions flatteuses, et avec quelle chaleur on soutint
contre le prince même l'honneur de sa capacité, encore plus étendue que
son empire. Ceux qui se reprochaient d'avoir mérité le ressentiment de
Julien, représentaient avec zèle ce qu'on avait à craindre du titre de
César; ils rappelaient l'exemple de Gallus. Eusébia seule l'emporta
sur tous ces raisonnements politiques; et l'empereur déclara qu'il
avait pris son parti, et que Julien allait être César. On mande au
prince sa nouvelle fortune; on lui ordonne de venir loger au palais.
Ce fut pour lui un nouveau sujet de douleur. Il écrivit aussitôt à
Eusébia, pour la supplier de lui obtenir la permission de s'éloigner;
mais il n'osa envoyer sa lettre sans avoir consulté ses dieux. Ceux-ci
s'entendaient apparemment avec la cour, et peut-être avec une ambition
secrète que Julien ne démêlait pas bien lui-même: ils le menacèrent,
dit-il, de la mort la plus honteuse, s'il refusait un présent dont ils
étaient les auteurs. Il alla donc au palais, et il crut avoir besoin
d'autant de courage que s'il eût porté sa tête sur l'échafaud. Les
courtisans les moins satisfaits de son élévation, lui témoignent le
plus d'empressement. On lui coupe sa longue barbe, on lui ôte son
manteau de philosophe, on l'habille en homme de guerre. Sa modestie,
ses yeux baissés, son air emprunté, firent pendant quelque temps le
divertissement de la cour. Le fracas et le brillant dont il se voyait
environné au sortir d'une vie obscure et tranquille, achevaient de
le déconcerter. Nourri des idées philosophiques, instruit à mépriser
ce que les courtisans adorent, il se regardait comme transporté par
enchantement dans un autre monde, où tout jusqu'au langage lui était
étranger. Il faisait réflexion que si la puissance a procuré de la
gloire à ceux qui ont su en bien user, elle a été pour une infinité
d'autres un écueil funeste. Agité de ces craintes, il alla les
communiquer à l'empereur, qui le renvoya à Eusébia. Cette princesse le
voyant interdit et embarrassé: _Vous avez déja reçu_, lui dit-elle,
_une partie de ce que vous méritez: soyez-nous fidèle, et bientôt vous
recevrez ce qui vous manque encore: il est temps de vous défaire de
cette philosophie sombre et bizarre, qui vous éloignerait des faveurs
du prince_.
[Note latérale: LIV. Il est nommé César.
Jul. ad Ath. p. 275. ad Them. p. 259, et or. 3, p. 121.
Amm. l. 15, c. 8.
Zos. l. 3, c. 1 et 2.
Socr. l. 2, c. 34.
[Idat. chron.
Chron. Alex. vel Pasch. p. 293.