Vict. epit. p. 228.]

Athènes était encore la plus florissante école de l'univers. On

commençait les études à Césarée de Palestine, à Constantinople, à

Alexandrie; on allait les achever à Athènes. L'émulation y dégénérait

en cabale; et l'avarice autant que la gloire animait les professeurs.

Chacun d'eux avait sa faction. On arrêtait sur toutes les avenues,

dans tous les ports, à tous les passages les écoliers qui arrivaient

d'ailleurs; on se les disputait avec chaleur; et les plus forts les

entraînaient aux écoles dont ils étaient partisans. Julien y arriva

vers le mois de mai de cette année: il n'y resta que quatre ou cinq

mois. Son savoir excita bientôt l'admiration. Les jeunes gens et

les vieillards, les philosophes et les orateurs s'empressaient de

l'entendre. Les païens surtout s'attachaient à lui par une secrète

sympathie; ils lui souhaitaient l'empire; ils offraient même en

particulier des sacrifices, afin de l'obtenir pour maître. Mais saint

Grégoire et saint Basile qui fréquentaient les écoles d'Athènes,

formaient des vœux tout contraires. Julien étudia avec eux les livres

saints, et c'est un des reproches dont saint Basile le foudroie dans

les lettres qu'il lui écrivit avec tant de liberté, lorsque devenu

empereur il se fut déclaré l'ennemi du christianisme. Saint Grégoire

qui devait un jour lancer contre lui tous les traits de la plus forte

éloquence, jugeant dès lors de ce jeune prince par l'extérieur, n'en

augurait rien que de sinistre. Julien était d'une taille médiocre;

il avait les cheveux bouclés, la barbe hérissée et pointue, les yeux

vifs et pleins de feu, les sourcils bien placés, le nez bien fait, la

bouche un peu trop grande et la lèvre inférieure rabattue, le col gros

et courbé, les épaules larges; toute sa personne était bien formée;

il était dispos et fort sans être robuste. Mais les défauts de son

esprit altéraient par des habitudes vicieuses, ce que la nature avait

mis d'agréments dans ses traits. Sa tête était dans un mouvement

continuel; il haussait et baissait sans cesse les épaules; la vivacité

de ses regards toujours errants et incertains avait quelque chose

de rude et de menaçant; sa démarche était chancelante; il portait

dans ses traits et dans ses éclats de rire un air de raillerie et

de mépris: des distractions fréquentes, des paroles embarrassées

et entrecoupées; des questions sans ordre et sans réflexion, dont

il n'attendait pas la réponse; des réponses toutes pareilles qui

se croisaient les unes les autres, et qui n'avaient ni méthode ni

solidité, marquaient assez le désordre de son ame. Ce fut sur ces

indices que saint Grégoire le montrant un jour à ses amis, leur dit

en soupirant: _Quel monstre l'empire nourrit dans son sein! fasse le

ciel que je sois un faux prophète!_ Julien contracta une liaison intime

avec le grand-prêtre d'Éleusis, que Maxime lui avait annoncé comme un

homme rare et encore plus savant que lui. Il est vraisemblable qu'il se

fit initier aux mystères de Cérès: car malgré les édits des empereurs

cette superstition se conserva dans le secret; jusqu'à ce qu'Alaric,

quarante ans après, ayant passé les Thermopyles, la détruisit avec le

temple.

[Note latérale: LII. Il est rappelé à Milan.

Jul. ad Ath. p. 274, et or. 3, p. 121.

Liban. or. 10, t. 2, p. 235 et 268.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 113 / 331 题