Athènes était encore la plus florissante école de l'univers. On
commençait les études à Césarée de Palestine, à Constantinople, à
Alexandrie; on allait les achever à Athènes. L'émulation y dégénérait
en cabale; et l'avarice autant que la gloire animait les professeurs.
Chacun d'eux avait sa faction. On arrêtait sur toutes les avenues,
dans tous les ports, à tous les passages les écoliers qui arrivaient
d'ailleurs; on se les disputait avec chaleur; et les plus forts les
entraînaient aux écoles dont ils étaient partisans. Julien y arriva
vers le mois de mai de cette année: il n'y resta que quatre ou cinq
mois. Son savoir excita bientôt l'admiration. Les jeunes gens et
les vieillards, les philosophes et les orateurs s'empressaient de
l'entendre. Les païens surtout s'attachaient à lui par une secrète
sympathie; ils lui souhaitaient l'empire; ils offraient même en
particulier des sacrifices, afin de l'obtenir pour maître. Mais saint
Grégoire et saint Basile qui fréquentaient les écoles d'Athènes,
formaient des vœux tout contraires. Julien étudia avec eux les livres
saints, et c'est un des reproches dont saint Basile le foudroie dans
les lettres qu'il lui écrivit avec tant de liberté, lorsque devenu
empereur il se fut déclaré l'ennemi du christianisme. Saint Grégoire
qui devait un jour lancer contre lui tous les traits de la plus forte
éloquence, jugeant dès lors de ce jeune prince par l'extérieur, n'en
augurait rien que de sinistre. Julien était d'une taille médiocre;
il avait les cheveux bouclés, la barbe hérissée et pointue, les yeux
vifs et pleins de feu, les sourcils bien placés, le nez bien fait, la
bouche un peu trop grande et la lèvre inférieure rabattue, le col gros
et courbé, les épaules larges; toute sa personne était bien formée;
il était dispos et fort sans être robuste. Mais les défauts de son
esprit altéraient par des habitudes vicieuses, ce que la nature avait
mis d'agréments dans ses traits. Sa tête était dans un mouvement
continuel; il haussait et baissait sans cesse les épaules; la vivacité
de ses regards toujours errants et incertains avait quelque chose
de rude et de menaçant; sa démarche était chancelante; il portait
dans ses traits et dans ses éclats de rire un air de raillerie et
de mépris: des distractions fréquentes, des paroles embarrassées
et entrecoupées; des questions sans ordre et sans réflexion, dont
il n'attendait pas la réponse; des réponses toutes pareilles qui
se croisaient les unes les autres, et qui n'avaient ni méthode ni
solidité, marquaient assez le désordre de son ame. Ce fut sur ces
indices que saint Grégoire le montrant un jour à ses amis, leur dit
en soupirant: _Quel monstre l'empire nourrit dans son sein! fasse le
ciel que je sois un faux prophète!_ Julien contracta une liaison intime
avec le grand-prêtre d'Éleusis, que Maxime lui avait annoncé comme un
homme rare et encore plus savant que lui. Il est vraisemblable qu'il se
fit initier aux mystères de Cérès: car malgré les édits des empereurs
cette superstition se conserva dans le secret; jusqu'à ce qu'Alaric,
quarante ans après, ayant passé les Thermopyles, la détruisit avec le
temple.
[Note latérale: LII. Il est rappelé à Milan.
Jul. ad Ath. p. 274, et or. 3, p. 121.
Liban. or. 10, t. 2, p. 235 et 268.