Soz. l. 5, c. 2.]

L'Asie était alors infectée d'une secte de graves charlatans, qui

faisaient un mélange monstrueux des opinions de Platon avec les

superstitions de la magie. C'étaient des fourbes qui firent de

Julien un fanatique. Ils trouvèrent dans sa vertu mélancolique une

matière toute préparée et prompte à s'allumer. Il devint astrologue,

théurgiste, nécromancien. Il alla à Pergame consulter Edésius: il

y fit une étroite liaison avec Maxime d'Ephèse, Chrysanthius de

Sardes, Priscus d'Epire, Eusèbe de Carie, Iamblique d'Apamée, tous

disciples de ce prétendu sage. Ces imposteurs s'entendaient à se vanter

mutuellement, à flatter le jeune prince, et à lui promettre l'empire.

Edésius était le chef de la cabale; Maxime en était l'oracle: sa

naissance, ses richesses, son éloquence d'enthousiaste, son extérieur

majestueux et composé, le ton de sa voix concerté avec le mouvement

de ses yeux, sa barbe blanche et vénérable, aidaient infiniment à la

séduction. Julien l'alla trouver à Ephèse. Maxime captiva entièrement

l'esprit du nouveau prosélyte; il l'initia à ses mystères par des

cérémonies effrayantes, dont l'impression réelle grave profondément

les plus absurdes chimères. Il le mit en relation avec les démons;

et ce fut, selon Libanius, à cet heureux commerce que Julien fut

dans la suite redevable de tant de succès. Ces génies officieux, dit

le sophiste aussi visionnaire que son héros, le servaient en amis

fidèles; ils le réveillaient dans son sommeil; ils l'avertissaient

des dangers; c'était avec eux qu'il tenait conseil; ils le guidaient

dans toutes les opérations de la guerre, quand il était à propos de

combattre, d'aller en avant ou de faire retraite, ils dirigeaient ses

campements. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Julien ébloui des prestiges

de Maxime, renonça entre ces mains à la religion chrétienne, contre

laquelle son cœur était depuis long-temps révolté. Il était alors âgé

de vingt ans. Il choisit le soleil pour son Dieu suprême. Nous avons

de lui un discours adressé à Salluste, où il représente cet astre

comme le père de la nature, le Dieu universel, le principe des êtres

intelligibles et sensibles. Entêté de ces vaines idées, il devint un

dévot extatique de l'idolâtrie; il y mettait sa félicité; il gémissait

sur les ruines des temples et des idoles; il désirait ardemment de la

remettre en honneur, et il disait à ses amis qu'il rendrait les hommes

heureux s'il parvenait jamais à la puissance souveraine. Gallus fut

alarmé de ces nouvelles; il lui envoya Aëtius afin de le sonder. Il ne

fut pas difficile à Julien de tromper Aëtius; il n'eut besoin, pour

lui paraître parfait chrétien, que d'affecter un grand zèle pour la

cause de l'arianisme. Mais il ne lui était pas si aisé d'en imposer

à Constance, qui était averti de ses discours, et que la jalousie

rendait clairvoyant. Julien porta l'hypocrisie jusqu'à se faire raser,

prendre l'habit de moine, et remplir à Nicomédie les fonctions de

lecteur. D'ailleurs il pratiquait toutes les vertus civiles: tant qu'il

fut en Asie, il s'y fit estimer par son empressement à faire du bien,

n'épargnant ni dépenses ni fatigues pour secourir les malheureux, et

pour défendre les intérêts de la justice même contre ses parents et ses

amis.

[Note latérale: L. État de Julien après la mort de Gallus.

Jul. ad Ath. p. 274, et ad Them. p. 259 et or. 3, p. 118.

[Amm. l. 15, c. 2, et 8.]

Liban. or. 5, t. 2, p. 176, et or. 10, p. 266-268.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 111 / 331 题