Julien, sorti du château de Macellum, demanda la permission d'aller
à Constantinople, pour y perfectionner ses connaissances. Constance,
qui avait intérêt d'occuper cet esprit vif et ardent, y consentit
volontiers. Mais il ne lui permit d'écouter que des maîtres chrétiens.
Il lui proposait lui-même quelquefois des sujets de déclamation. Le
jeune prince simple dans ses habits, sans suite et sans équipage,
s'abaissant au niveau de ses camarades, fréquentait les écoles des
rhéteurs et des philosophes. Cette modestie, loin de l'obscurcir,
servait de lustre à ses talents. Comme il parlait familièrement à
tout le monde, tout le monde aimait à parler de lui; on louait la
beauté de son génie, la bonté de son cœur; on s'accordait à dire qu'il
était digne du diadème. Ce grand éclat ne tarda pas à blesser les
yeux de Constance: il lui ordonna de quitter Constantinople et de se
retirer à Nicomédie, ou en tel lieu de l'Asie qu'il voudrait choisir.
Libanius, fameux rhéteur, enseignait alors à Nicomédie: c'était un
des plus ardents défenseurs du paganisme. Constance défendit à Julien
de l'aller entendre; et le rhéteur Ecébolus, sous qui le prince avait
étudié à Constantinople, alors chrétien, païen ensuite, et dont la
religion tournait au gré de la cour, lui fit jurer à son départ, qu'il
ne prendrait pas les leçons de Libanius. Julien n'osa, à ce qu'il
dit lui-même, violer ce serment; mais il ne se fit pas de scrupule
de l'éluder. Il recueillait et étudiait secrètement les ouvrages de
ce rhéteur, qu'il admirait: en quoi assurément il lui faisait trop
d'honneur. Son esprit souple et docile en prit une si forte teinture,
qu'il y perdit beaucoup de cette noble et énergique simplicité qui sied
à un prince; et qu'il se pénétra de toute la pédanterie de son modèle,
comme on le voit par ses ouvrages. Mais un magicien, caché à Nicomédie
pour éviter la rigueur des lois, fit bien plus de mal à Julien; il
empoisonna son cœur d'une curiosité criminelle et insensée pour ce
qu'on appelle les sciences secrètes.
[Note latérale: XLIX. Il se livre à la magie et à l'idolâtrie.
Jul. ad Them. p. 259, et or. 4. p. 130, et ep. 51, p. 434.
Liban. or. 4, t. 2, p. 151; or. 5, p. 173 et or. 10, p. 263 et 264.
Greg. Naz. or. 3, t. 1, p. 58, 59 et 61.
Eunap. in Ædes. t. 1, p. 26 et 27, et in Max. p. 47. ed. Boiss.
Socr. l. 3, c. 1.
Theod. l. 3, c. 3.