Liban. or. 10, t. 2, p. 280.]

Ursicin était resté dans la Gaule avec le titre de commandant. Mais

l'armée de Silvanus s'était dissipée après sa mort; et comme on n'avait

envoyé Ursicin dans cette province que pour faire périr Silvanus ou

pour périr lui-même, ce qui était presque indifférent à la cour, les

ennemis de ces deux braves capitaines, se voyant délivrés de l'un,

ne songeaient plus qu'à traverser les succès de l'autre. Constance,

qu'ils gouvernaient sans qu'il s'en aperçût, aimait autant laisser la

Gaule à la merci des Barbares, que de donner des forces à un général

qui lui était suspect. Ainsi les Francs, les Allemans, les Saxons

ne trouvaient plus d'obstacle: ils avaient pris et ruiné le long du

Rhin quarante-cinq villes[61], dont ils avaient emmené les habitants

en esclavage; ils occupaient sur la rive gauche du fleuve, depuis la

source jusqu'à l'embouchure, une lisière de plus de douze lieues de

large[62], et ils avaient dévasté trois fois autant de terrain: on

n'osait plus y faire paître les troupeaux; il fallait semer et labourer

dans l'enceinte des villes, et les moissons qu'on y recueillait

faisaient toute la subsistance des habitants. L'alarme se répandait

encore plus loin que le ravage, et plusieurs villes de l'intérieur

du pays étaient déja abandonnées. Dans le même-temps les Quades et

les Sarmates infestaient la Pannonie et la haute Mésie. L'Orient

resté sans chef depuis le départ de Gallus, était insulté par les

Perses. Constance ne savait quel parti prendre. D'un côté il croyait

sa présence nécessaire en Italie; de l'autre, sa défiance naturelle

et l'exemple des prétendus projets de Gallus, lui persuadaient que

partager sa puissance, c'était s'en dépouiller. Cependant l'impératrice

Eusébia vint à bout de calmer ses craintes, et de le déterminer à

revêtir Julien de la pourpre des Césars. Avant que de développer cet

événement, il est à propos de reprendre l'histoire de ce prince depuis

l'élévation de Gallus.

[Note 61: Le texte de Zosime n'en compte que quarante, ἤδη

τεσσαράκοντα πόλεις ἐπικειμένας τῷ Ῥήνῳ κατειληφότας·--S.-M.]

[Note 62: On voit par le récit d'Ammien Marcellin qu'ils prirent

alors Cologne, et que leur puissance s'étendait jusque dans le centre

de la Gaule.--S.-M.]

[Note latérale: XLVIII. Études de Julien.

Jul. ep. 51, p. 434.

Liban. or. 5, t. 2, p. 173; et or. 10, p. 265. Eunap. in Max. t. 1, p.

47, et in Liban. p. 97 et 98, ed. Boiss.

[Greg. Naz. t. 1, p. 58.]

Socr. l. 3, c. 1.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 109 / 331 题