Ursicin était resté dans la Gaule avec le titre de commandant. Mais
l'armée de Silvanus s'était dissipée après sa mort; et comme on n'avait
envoyé Ursicin dans cette province que pour faire périr Silvanus ou
pour périr lui-même, ce qui était presque indifférent à la cour, les
ennemis de ces deux braves capitaines, se voyant délivrés de l'un,
ne songeaient plus qu'à traverser les succès de l'autre. Constance,
qu'ils gouvernaient sans qu'il s'en aperçût, aimait autant laisser la
Gaule à la merci des Barbares, que de donner des forces à un général
qui lui était suspect. Ainsi les Francs, les Allemans, les Saxons
ne trouvaient plus d'obstacle: ils avaient pris et ruiné le long du
Rhin quarante-cinq villes[61], dont ils avaient emmené les habitants
en esclavage; ils occupaient sur la rive gauche du fleuve, depuis la
source jusqu'à l'embouchure, une lisière de plus de douze lieues de
large[62], et ils avaient dévasté trois fois autant de terrain: on
n'osait plus y faire paître les troupeaux; il fallait semer et labourer
dans l'enceinte des villes, et les moissons qu'on y recueillait
faisaient toute la subsistance des habitants. L'alarme se répandait
encore plus loin que le ravage, et plusieurs villes de l'intérieur
du pays étaient déja abandonnées. Dans le même-temps les Quades et
les Sarmates infestaient la Pannonie et la haute Mésie. L'Orient
resté sans chef depuis le départ de Gallus, était insulté par les
Perses. Constance ne savait quel parti prendre. D'un côté il croyait
sa présence nécessaire en Italie; de l'autre, sa défiance naturelle
et l'exemple des prétendus projets de Gallus, lui persuadaient que
partager sa puissance, c'était s'en dépouiller. Cependant l'impératrice
Eusébia vint à bout de calmer ses craintes, et de le déterminer à
revêtir Julien de la pourpre des Césars. Avant que de développer cet
événement, il est à propos de reprendre l'histoire de ce prince depuis
l'élévation de Gallus.
[Note 61: Le texte de Zosime n'en compte que quarante, ἤδη
τεσσαράκοντα πόλεις ἐπικειμένας τῷ Ῥήνῳ κατειληφότας·--S.-M.]
[Note 62: On voit par le récit d'Ammien Marcellin qu'ils prirent
alors Cologne, et que leur puissance s'étendait jusque dans le centre
de la Gaule.--S.-M.]
[Note latérale: XLVIII. Études de Julien.
Jul. ep. 51, p. 434.
Liban. or. 5, t. 2, p. 173; et or. 10, p. 265. Eunap. in Max. t. 1, p.
47, et in Liban. p. 97 et 98, ed. Boiss.
[Greg. Naz. t. 1, p. 58.]
Socr. l. 3, c. 1.