Amm. l. 15, c. 7.]

Dans ce même temps Léontius, préfet de Rome, faisait un meilleur

usage de la sévérité nécessaire contre des séditieux. C'était un juge

irréprochable, toujours prêt à donner audience, équitable dans les

jugements, naturellement doux et bienfaisant, mais ferme et inflexible

quand il fallait maintenir et venger l'autorité publique. Le peuple

se souleva d'abord contre lui pour un sujet très-léger. Léontius

faisait conduire en prison un cocher du cirque, nommé Philoromus.

Toute la populace, dont ce misérable était l'idole, se mit à le

suivre en tumulte, et à menacer le préfet, croyant l'intimider. Mais

ce magistrat intrépide fit saisir les plus mutins, et après leur avoir

fait donner la torture sans que personne osât les défendre, il les

condamna au bannissement. Peu de jours après, la sédition se ralluma,

sous le prétexte que la ville manquait de vin. Au premier bruit de

cette émeute, le préfet, malgré les instances de ses amis et de ses

officiers, qui le conjuraient de ne pas s'exposer à la fougue d'une

multitude forcenée et capable des plus extrêmes violences, va droit

à la place[60] où le peuple était rassemblé. La plupart de ses gens

prennent l'épouvante et l'abandonnent. Pour lui, resté presque seul,

mais plein d'assurance au milieu des regards furieux et des cris de

cette populace enragée, il reçoit sans s'émouvoir toutes leurs injures;

et du haut de son char promenant ses yeux sur cette foule immense, il

reconnaît à sa grande taille un homme qu'on lui avait désigné comme

le chef des séditieux; il lui demande s'il n'est pas Pierre Valvomer:

celui-ci lui ayant répondu avec insolence, que c'était lui-même, le

préfet, malgré les clameurs, le fait saisir, lier et étendre sur le

chevalet. En vain ce scélérat appelle-t-il du secours, le peuple prend

la fuite à ce spectacle, et laisse son chef dans les tourments qu'on

lui fait souffrir sur la place même, avec autant de liberté que dans

une salle de justice. Léontius le relégua ensuite dans le _Picenum_

(Marche d'Ancône), où Patruinus, gouverneur de la province, le fit

mourir peu de temps après, pour avoir violé une fille de condition.

[Note 60: Cette place se nommait _Septemzodium_.--S.-M.]

[Note latérale: XLVII. Constance jette les yeux sur Julien pour le

faire César.

Amm. l. 15, c. 8.

Zos. l. 3, c. 1.

Jul. ad Ath. p. 274.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 108 / 331 题