Jul. ad Ath. p. 273 et 274.]

La paix qui suivit fut plus funeste à l'empereur que ne l'avait été

la guerre. Les fourbes, dont il était le jouet, pensèrent renverser

sa puissance: ils le mirent dans la nécessité de perdre, pour

conserver son diadème, celui de ses sujets qui était le plus capable

de le soutenir. La Gaule abandonnée aux pillages, aux massacres, aux

incendies, était depuis long-temps la proie des Barbares. Silvanus,

général de l'infanterie[43], qui depuis la bataille de Mursa avait en

toute occasion signalé sa fidélité et sa valeur, y fut envoyé comme

très-propre à rétablir dans cette belle province la paix et la sûreté.

Les Francs, desquels il tirait son origine, redoutaient sa bravoure.

Arbétion, à qui son mérite faisait ombrage, avait travaillé lui-même

à lui procurer ce commandement, dans le dessein de le détruire plus

aisément en son absence. Aussi dès que Silvanus fut parti, pendant

que ce général parcourait la Gaule chassant devant lui les Barbares,

le traître mit en jeu les mêmes ressorts dont on s'était servi pour

hâter la perte de Gallus. Mais ce politique, aussi rusé que méchant,

se contenta d'avoir donné le premier mouvement à la machine; il se

déroba ensuite habilement, laissant à d'autres la conduite de toute

l'intrigue, qui ne fut jamais parfaitement éclaircie. On jugea par

conjecture qu'il avait fait agir en sa place Lampadius, préfet du

prétoire d'Italie, et que celui-ci avait suborné Dynamius. Ce qu'il y a

de certain, c'est que ce Dynamius, qui n'avait pas d'emploi plus relevé

que celui de tenir le registre des écuries du prince[44], feignit de

s'attacher à Silvanus, et le suivit en Gaule. A peine y fut-il arrivé,

qu'il supposa une affaire qui le rappelait à la cour. Il obtint du

général des lettres de recommandation adressées à ses amis, et à son

retour il les déposa entre les mains de la cabale. Elle était, à ce

qu'on a cru dans la suite, composée du préfet Lampadius, d'Eusèbe qui

avait été intendant du domaine[45], décrié pour sa sordide avarice[46],

et d'Edésius qui avait eu la charge de secrétaire-d'état[47]. Voici

l'usage qu'on trouva bon de faire de ces lettres; on effaça tout

hors la signature, et on les remplit de propos qui supposaient une

conspiration déja formée: Silvanus en termes couverts priait les amis

qu'il avait à la cour, et plusieurs autres encore, de lui prêter la

main dans la haute entreprise qu'il avait projetée; qu'il serait

bientôt en état de les payer de leurs services. Ces lettres tracées par

l'imposture furent remises au préfet: celui-ci d'un air empressé se

fait introduire de grand matin dans l'appartement du prince. Constance,

toujours avide de ces sortes de recherches, prend aussitôt l'alarme: on

tient conseil, on fait la lecture des lettres; on donne des gardes aux

tribuns qui y étaient nommés; on envoie chercher dans les provinces les

prétendus conjurés, qui ne se trouvaient pas à la cour.

[Note 43: _Pedestris militiæ rector._--S.-M.]

[Note 44: _Actuarius sarcinalium principis jumentorum._--S.-M.]

[Note 45: _Ex comite rei privatæ._--S.-M.]

[Note 46: Ammien Marcellin lui donne le surnom de _Mattiocopa_;

ce qui selon le P. Petau, dans sa note sur le mot ματιοκόπτη, employé

par Thémistius (or. 4), signifie un homme avare. Voyez à ce sujet la

note de Henri Valois et celle de Lindenbrog, dans l'édition d'Ammien

Marcellin, donnée par Gronovius, p. 60.--S.-M.]

[Note 47: _Ex magistro memoriæ._ Cette charge de _magister memoriæ_

était appelée en grec ἀντιγραφεὺς τῆς μνήμης.--S.-M.]

[Note latérale: XXXVIII. Découverte de l'imposture.]

Malarich officier Franc, et commandant de la garde étrangère[48],

faisait grand bruit avec ses collègues sur l'iniquité de ce procédé.

Il criait hautement que c'était une chose indigne d'abandonner à

la calomnie des gens d'honneur, qui se sacrifiaient pour le salut

de l'empire. Il proposait de laisser en ôtage entre les mains de

l'empereur sa femme et ses enfants, et d'aller, sous la caution de

Mallobaude[49], chercher Silvanus, qui n'avait assurément jamais

songé à ce que des fourbes lui imputaient; ou si l'on aimait mieux

confier cette commission à Mallobaude, il s'offrait à rester dans les

fers pour lui servir de caution: _Si l'on envoie tout autre que l'un

de nous deux_, ajoutait-il, _je ne réponds pas du parti que pourra

prendre Silvanus, naturellement impatient, et aussi peu accoutumé aux

manéges de cour qu'il est intrépide dans les dangers de la guerre_.

Ces avis étaient sages, mais ils furent inutiles. Arbétion fit envoyer

Apodémius, le fléau de tous les gens de bien. Cet homme pervers, loin

d'user des ménagements qu'on lui avait recommandés d'employer, ne rend

point de visite au général; il ne lui donne aucune connaissance de

l'ordre qui le rappelait à la cour. De concert avec le receveur du

domaine, il affecte de traiter les clients et les esclaves de Silvanus,

comme ceux d'un homme proscrit, et prêt à monter sur l'échafaud.

Pendant qu'il travaillait en Gaule à pousser à bout Silvanus, la cabale

de la cour ne restait pas oisive. Dynamius, pour appuyer son imposture

par de nouvelles preuves, avait contrefait des lettres de Silvanus et

de Malarich, au commandant de l'arsenal de Crémone: ils le sommaient

de se mettre en état de fournir au premier jour tout ce qu'il avait

promis. Cette seconde supercherie décela la première. Le commandant ne

comprenant rien à cette dépêche, la renvoie à Malarich, le priant de

s'expliquer plus nettement. Malarich qui depuis le départ d'Apodémius

attendait dans une douleur profonde la perte de Silvanus et la sienne,

réveillé par cette lettre, la communique aux Francs, qui remplissaient

alors beaucoup d'emplois à la cour: il élève sa voix; il triomphe de la

découverte.

[Note 48: _Gentilium rector._--S.-M.]

[Note 49: _Armaturarum tribunus._ Chef de l'arsenal.--S.-M.]

[Note latérale: XXXIX. Jugement des coupables.

Amm. l. 15, c. 5.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 103 / 331 题