Till. note 36.]

Ces frivoles alarmes furent quelque temps suspendues par de plus

réelles que donnèrent les Allemans[36]. Ils insultaient la frontière

par des courses fréquentes. L'empereur entra en Rhétie[37] vers le mois

de juin, et fit marcher en avant la meilleure partie de son armée, sous

le commandement d'Arbétion[38], avec ordre de pénétrer jusqu'au lac de

Brigantia[39], que nous nommons aujourd'hui le lac de Constance, et

de livrer bataille aux Barbares. Arbétion envoya à la découverte; mais

comme il continuait sa marche sans attendre le retour de ses coureurs,

il se trouva sur le soir tout à coup enveloppé, et n'en fut averti que

par une grêle de traits qui tombaient de toutes parts. Le général perd

la tête; toute l'armée se débande et ne songe qu'à fuir. La plupart

s'étant sauvés à la faveur de la nuit par des sentiers étroits, se

rallièrent au point du jour. On perdit en cette rencontre dix tribuns,

et un grand nombre de soldats. Les Allemans, fiers de cet avantage,

venaient tous les matins, à la faveur d'un brouillard épais, insulter

les Romains jusqu'aux portes de leur camp. Un détachement des troupes

qui composaient la garde du prince, indigné de cette insolence, sortit

pour les repousser. On le reçut avec tant de vigueur, qu'il fut obligé

d'appeler du secours. La plupart des officiers encore effrayés de leur

défaite, et Arbétion lui-même, n'étaient pas en humeur de s'exposer

à un nouvel affront. Mais trois tribuns, Arinthée, Séniauchus[40] et

Bappon[41], ne voulant pas laisser tant de braves gens à la merci

de l'ennemi, volent à leur secours suivis de leurs soldats que leur

exemple animait: après avoir déchargé leurs traits, ils fondent tête

baissée sur les Allemans; sans garder aucun ordre de bataille, et

dispersés par pelotons, ils enfoncent tout ce qu'ils attaquent; ils

taillent en pièces tout ce qui leur résiste. Alors ceux qui n'avaient

osé prendre part à ce combat, s'empressent de partager la victoire;

ils sortent en foule du camp; ils terrassent ce qui reste d'ennemis.

Cette action termina la guerre. Constance revint à Milan, tout glorieux

d'un succès qui n'était dû ni à sa bonne conduite, ni à celle de son

général[42].

[Note 36: Ces Allemans étaient de la nation des Lentiens.

_Lentiensibus Alamannicis pagis indictum est bellum._--S-M.]

[Note 37: Il vint dans un lieu appelé _campi Canini_. _In Rhætias_,

dit Ammien Marcellin, _campos venit Caninos_. On pourrait croire,

d'après un passage de Grégoire de Tours, l. 10, c. 3, que ce nom

désignait le territoire de Bellinzone, dans la partie de la Suisse

voisine de l'Italie, appelée à présent canton du Tésin. _Ad Bilitionem

castrum_ (Bellinzona), _in campis situm Caninis_.--S.-M.]

[Note 38: Général de la cavalerie. _Magister equitum._--S.-M.]

[Note 39: Ce lac qu'on appelait aussi _Brigantinus_, tirait son nom

de la ville de _Brigantia_, actuellement Bregentz située à l'extrémité

orientale du lac de Constance, dans le Voralberg, dépendance du

Tyrol. Pline lui donne (l. 9, c. 17) le nom de _Brigantium_. Toutes

ces dénominations rappellent la puissante nation des Brigantes, qui

habitait dans ces cantons.--S.-M.]

[Note 40: Officier de cavalerie, commandant de l'escadron des

comtes. _Qui equestrem turmam Comitum tuebatur._--S.-M.]

[Note 41: Commandant du corps de cavalerie nommé les Promoteurs.

_Ducens Promotos._--S.-M.]

[Note 42: _Imperator Mediolanum ad hiberna ovans revertit et

lætus_, dit Ammien Marcellin.--S.-M]

[Note latérale: XXXVII. Complot contre Silvanus.

Amm. l. 15, c. 5.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 102 / 331 题