L'envie qui ne pardonne jamais au mérite, ne perdait pas de vue
Ursicin. On insinuait à Constance que le nom de l'empereur était
oublié dans tout l'Orient; qu'on n'y parlait que d'Ursicin, comme du
seul général redoutable aux Perses. Le prince prenait ombrage de ces
discours. Ursicin rassuré par sa vertu, se contentait de gémir en
secret du péril que courait l'innocence, et de la perfidie des amis de
cour, qui l'abandonnèrent dès le premier assaut. Le traître Arbétion
son collègue, homme d'une malice raffinée, avait trouvé pour le perdre
un moyen plus sûr que la calomnie; c'était de le louer à outrance;
il ne le nommait jamais que le grand capitaine. Ces éloges perfides
produisirent leur effet: c'était d'aigrir de plus en plus l'empereur.
Il fut décidé dans un conseil secret, qu'Ursicin serait la nuit
suivante enlevé de sa maison à petit bruit, pour ne point alarmer les
gens de guerre dont il possédait le cœur; et que sans forme de procès
on lui ôterait la vie. Tout était préparé; les assassins commandés
n'attendaient que le moment de l'exécution, lorsqu'il leur vint un
ordre contraire. Constance adouci par la réflexion, contre sa coutume,
avait jugé à propos de différer.
[Note latérale: XXXII. Et de Julien.
Amm. l. 15, c. 2.
Jul. ad Ath. p. 272.