Amm. l. 15, c. 3.]

Les délateurs accoururent en foule de toutes les parties de l'empire.

Ils n'épargnaient personne; mais ils s'acharnaient par préférence sur

la vertu jointe à la richesse. Paul la Chaîne conservait son rang,

comme le plus habile et le plus méchant de tous. Il avait pour second

un nommé Mercurius, Perse d'origine, qui d'officier de la bouche

de l'empereur était devenu receveur du domaine. On l'appelait par

raillerie _le comte des songes_, parce que c'était sur les songes qu'il

fondait la plupart de ses accusations: tel était le département qu'il

avait choisi. Cet homme rampant et flatteur, s'insinuant dans les

cercles et dans les repas, recueillait avec attention les circonstances

des songes que des amis se racontaient les uns aux autres: c'était

alors une folie fort à la mode; et les empoisonnant avec méchanceté, il

allait en faire sa cour à l'empereur. Il n'en fallait pas davantage

pour susciter un procès criminel. La fin malheureuse de quelques-uns de

ces songeurs réussit bientôt à guérir les autres de cette superstition

puérile; on cessa de rêver, ou du moins de raconter ses rêves, dès

qu'on s'aperçut qu'ils tiraient à de si terribles conséquences; on

n'avouait pas même volontiers qu'on eût dormi.

[Note latérale: XXXI. Péril d'Ursicin.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 95 / 331 题