Dans le temps même qu'on dépouillait le César des ornements de sa
dignité, l'ardent Apodémius s'était saisi des brodequins de pourpre.
Aussitôt prenant la poste, et courant à toute bride jusqu'à crever
plusieurs chevaux, il était venu à Milan les jeter aux pieds de
l'empereur, avec plus d'empressement et de joie, que s'il eût apporté
les dépouilles d'un roi de Perse[30]. Peu de temps après, la nouvelle
de la mort du prince fut reçue à la cour comme celle d'une victoire
complète. L'adulation s'épuisait sur le bonheur, sur la toute-puissance
de l'empereur. Enivré de ces éloges, il se crut au-dessus de tous les
accidents humains: en vain se flattait-il d'imiter la modestie de
Marc-Aurèle, on ne voyait en lui que la ridicule vanité de Domitien.
Dans les écrits de sa propre main, il s'intitulait le _maître du
monde_; il prenait le nom l'_éternel_, qui ne fut jamais pour les
hommes qu'un titre d'extravagance; les évêques Ariens qui refusaient
cette qualité au fils de Dieu, n'avaient pas honte de la donner à
Constance dans leurs lettres et dans des actes authentiques.
[Note 30: _Velut spolia regis occisi Parthorum._--S.-M.]
[Note latérale: XXX. Délateurs.