Amm. l. 14, c. 10.]

On était sur le point d'y passer, pendant qu'on amusait ailleurs

les ennemis, et tout le pays d'au-delà allait être à la discrétion

des Romains, lorsqu'on vit arriver des députés qui venaient faire

satisfaction et demander la paix. On soupçonna quelques-uns des

principaux officiers de l'armée romaine, qui étaient Allemans, d'avoir

donné des avis secrets à leurs compatriotes, dont ils voyaient la ruine

assurée. On avait depuis long-temps laissé introduire la mauvaise

coutume, de mêler des Barbares avec les soldats romains: ce fut une

des causes du dépérissement des légions. Quelques-uns de ces étrangers

parvenaient aux premiers grades dans les armées; et dans celle de

Constance, Latinus comte des domestiques, Agilon grand-écuyer, Scudilon

commandant d'une des compagnies de la garde, tous trois Allemans,

avaient une haute réputation de bravoure, et passaient pour les plus

fermes soutiens de la puissance romaine. Les propositions des Barbares

paraissaient avantageuses; le conseil les approuvait unanimement; mais

il était question de les faire goûter aux soldats, dont la mutinerie

récente donnait lieu d'appréhender la mauvaise humeur. L'empereur

esclave de ses troupes dont il ne savait pas être le maître, les

assembla; et se tenant debout sur son tribunal, environné des premiers

officiers, il parla en ces termes:

[Note latérale: XVII. Harangue de Constance à ses soldats.]

«Braves et fidèles camarades, ne vous étonnez pas, si après d'immenses

préparatifs, après de longues et pénibles marches, arrivé dans les

lieux même où m'attend la victoire dont m'assure votre courage, je

parais disposé à la refuser pour écouter des propositions de paix.

Le soldat, vous le savez, n'a que son honneur et sa vie à conserver

et à défendre: mais l'empereur, obligé de s'oublier lui-même pour

ne s'occuper que du salut des autres, doit, la balance toujours à

la main, peser toutes les circonstances; il doit saisir toutes les

occasions favorables au bien général. Ne vous attendez pas à un long

discours: la vérité n'a besoin que d'être énoncée. Les rois et les

peuples Allemans, redoutant votre valeur, dont la renommée toujours

croissante s'est répandue jusqu'aux extrémités du monde, demandent le

pardon et la paix par la bouche de leurs ambassadeurs, que vous voyez

ici la tête baissée. C'est de vous qu'ils recevront leur réponse.

Mais chargé comme je suis de veiller à vos intérêts, je me crois en

droit de vous donner conseil; et je pense que, si vous y consentez, on

doit leur accorder leur demande. Nous nous épargnerons des hasards,

nous nous ferons de nos ennemis des troupes auxiliaires; c'est une

obligation à laquelle ils offrent de se soumettre: ainsi sans verser

une goutte de sang, nous désarmerons cette férocité, souvent funeste

à nos frontières. Songez que vaincre un ennemi, ce n'est pas seulement

le terrasser dans les batailles; la victoire est bien plus assurée,

lorsqu'enchaîné par sa volonté même, il a senti qu'on ne manquait ni de

force pour l'abattre, ni de clémence pour lui pardonner. Je vous le dis

encore; soyez les arbitres de la paix. J'attends de vous la décision;

je vous conseille seulement d'acheter au prix de la modération tous les

avantages que vous procurerait une victoire, peut-être sanglante. Ne

craignez pas que votre retenue soit soupçonnée de faiblesse; elle ne

pourra que faire honneur à votre prudence et à votre humanité». Toute

l'armée applaudit à ce lâche discours, qui la rendait arbitre de la

paix et de la guerre, et supérieure à l'empereur même; elle approuva le

projet de paix. Une raison qui avait sans doute échappé à Constance, et

qu'il n'aurait eu garde de faire valoir, contribua encore plus que tout

le reste à déterminer les esprits: on était persuadé, et l'expérience

du passé ne l'avait que trop appris, que la fortune toujours fidèle à

Constance dans les guerres civiles, l'abandonnait dans les expéditions

étrangères. Le traité fut juré suivant les formes qui étaient en usage

dans les deux nations; et l'empereur retourna à Milan[21].

[Note 21: On a des lois de Constance datées de Milan, le 22 mai

354; de Césène, le 22 juin, et de Ravenne, le 21 juillet de la même

année. Mais on a des doutes bien fondés sur l'exactitude de ces

indications.--S.-M.]

[Note latérale: XVIII. Cruautés de Gallus.

Amm. l. 14, c. 10.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 80 / 331 题