Constance, qui se pardonnait à lui-même tous les maux dont il
affligeait l'Occident, n'était pas d'humeur à rien pardonner à Gallus.
Il plaignait le sort de l'Orient. Mais les fréquentes incursions des
Barbares le retenaient en Gaule, et l'occupaient tout entier. Il partit
d'Arles au printemps, étant consul pour la septième fois, avec Gallus
pour la troisième, et vint à Valence [_Valentia_] dans le dessein
de marcher contre les deux frères, Gundomade et Vadomaire, rois des
Allemans, qui désolaient la frontière. Il fut long-temps arrêté dans
cette ville par la nécessité d'y attendre les convois qu'il faisait
venir d'Aquitaine, et dont le transport était retardé par l'abondance
des pluies et le débordement des rivières. L'armée était déja assemblée
à Châlons-sur-Saône [_Cabillona_]; et le soldat impatient de partir et
manquant de vivres, s'était mutiné. Constance, pour calmer les esprits,
voulut d'abord y envoyer Rufin, préfet du prétoire. C'était l'exposer
à une mort presque certaine. Les préfets du prétoire étant chargés du
soin des vivres, Rufin avait tout à craindre d'une soldatesque affamée.
On crut même que Constance ne lui donnait cette commission périlleuse,
qu'à dessein de le faire périr, parce que ce préfet était oncle de
Gallus, et assez puissant pour soutenir ce prince, dont on commençait
à se défier. Mais les amis de Rufin le servirent si bien en cette
occasion, que l'empereur changea d'avis. Il envoya en sa place Eusèbe,
son grand-chambellan, qui, étant dépositaire des trésors, ainsi que des
secrets du prince, vint à bout, à force d'argent distribué à propos,
d'apaiser la sédition. Les convois se rendirent enfin à Châlons, et
l'armée se mit en campagne. Après une marche pénible, les chemins étant
encore couverts de neige, on arriva aux bords du Rhin, près d'une ville
considérable appelée _Rauracum_, qui n'est aujourd'hui qu'un village
nommé _Augst_, à six milles au-dessus de Bâle. On entreprit de jeter
sur le fleuve un pont de bateaux: mais les Allemans qui bordaient en
grand nombre la rive opposée, faisant pleuvoir une grêle de traits,
rendaient ce travail impossible; et Constance ne savait quel parti
prendre. Enfin un paysan vint pendant la nuit enseigner un gué.
[Note latérale: XVI. Les Allemans demandent la paix.