Les alarmes que donnaient ces Barbares passaient avec eux, et ne
s'étendaient qu'à quelques contrées. Mais un mal perpétuel, attaché,
pour ainsi dire, aux entrailles, et qui se faisait sentir à tous
les membres, c'était le prince même qui gouvernait cette partie de
l'empire. Gallus, ayant rapidement passé d'un état d'oppression à la
dignité de César, devint tyran dès qu'il ne fut plus captif. Ebloui
de la splendeur de sa naissance, à laquelle sa double alliance avec
l'empereur ajoutait un nouvel éclat, héritier présomptif de tout
l'empire, il agissait déja en maître absolu. Dépourvu de lumières, et
d'autant plus attaché à son sens, il aimait la flatterie; son goût
pour les éloges allait jusqu'à obliger quelquefois les sophistes à
prononcer devant lui son propre panégyrique. Libanius fut redevable
de la vie à ce mauvais usage qu'il faisait de son éloquence. Accusé
faussement de plusieurs crimes, il trouva le prince qu'il avait loué
équitable pour cette fois; son accusateur qui s'était cru assez
fort devant le César, étant renvoyé aux tribunaux ordinaires, n'osa
s'y présenter. Le penchant de Gallus à la cruauté se fit d'abord
connaître dans les spectacles de l'amphithéâtre: plus ils étaient
sanglants, plus on voyait éclater sa joie. Une si funeste inclination
attira bientôt autour de lui un essaim de délateurs. Ces artisans de
calomnie imputaient à ceux qu'ils voulaient perdre, tantôt des complots
criminels, tantôt des opérations magiques, qui supposent autant
d'imbécillité dans le prince qui les craint, que dans le scélérat qui
les tente.
[Note latérale: X. Méchanceté de Constantine.
Amm. l. 14, c. 1.