Du côté de l'Arabie les Sarrasins, que les Romains n'auraient voulu
avoir ni pour amis à cause de leur perfidie, ni pour ennemis à cause
de leur valeur, fondaient comme des oiseaux de proie sur toutes les
contrées voisines. Leur promptitude à se montrer et à disparaître
rendait également la précaution impossible et la poursuite inutile.
Cette nation, depuis si fameuse, et dont les Romains n'avaient appris
le nom que du temps de Marc-Aurèle, avait d'abord habité un canton de
l'Arabie Heureuse. Ensuite devenue très-puissante, elle donna son nom
à tous les Arabes qu'on appelait Nomades ou Scénites, parce qu'ils
étaient errants, et qu'ils n'avaient pour demeures que des tentes[20].
Ils s'étendaient alors le long du golfe, tant du côté de l'Egypte que
du côté de l'Arabie, jusqu'à l'Euphrate près de l'ancienne Babylone;
et les diverses hordes d'Arabes, répandues depuis long-temps dans la
Mésopotamie, s'étaient liguées avec eux. Les Sarrasins ne savaient ni
conduire la charrue ni cultiver les arbres. Tous guerriers, courant
sans cesse, nuds jusqu'à la ceinture, sans lois comme sans demeure
fixe, ils ne vivaient que de leur chasse, d'herbages, et du lait de
leurs troupeaux. La plupart ignoraient jusqu'à l'usage du pain et
du vin. Ils montaient des chevaux fort vîtes ou des dromadaires.
Les deux sexes étaient fort adonnés à l'amour: leur mariage n'était
qu'un engagement passager pour le nombre d'années dont les deux époux
convenaient. La femme apportait pour dot une lance et une tente: après
le terme expiré elle était la maîtresse de s'engager ailleurs. Toujours
en course avec son mari, ses enfants devenaient errants dès qu'ils
étaient nés.
[Note 20: Σχηνὴ, en grec signifie _tente_.--S.-M.]
[Note latérale: IX. Mauvaise conduite de Gallus.
[Julian. ad Athen. p. 271 et misop. p. 340.]
Amm. l. 14, c. 7.
Liban. vit. t. 2, p. 34.
Aur. Vict. de cæs. p. 180.
Eutr. l. 10.