Amm. l. 14, c. 2.]

Plusieurs autres provinces de l'Asie éprouvaient de grands ravages de

la part des Isauriens, des Perses et des Sarrasins. Les Isauriens,

peuple de brigands, défendus par les rochers du mont Taurus contre

la puissance romaine dont ils étaient environnés, vaincus autrefois

mais sans être domptés par P. Servilius qui prit le titre d'Isaurique,

avaient enfin cédé à la valeur de l'empereur Probus: il les avait

chassés de leurs retraites. Rappelés ensuite par la liberté, qui

s'était conservé ces affreux asyles dans le centre de l'empire, ils

sortaient de temps en temps de leurs forts comme des bêtes féroces,

venaient à l'improviste piller les plaines voisines, et se retiraient

chargés de butin, avant qu'on eût le temps de les poursuivre. Leur

audace s'était accrue par l'impunité. Ils étaient encore animés par un

sentiment de vengeance: quelques-uns de leurs camarades, pris dans une

course, avaient été inhumainement livrés aux bêtes dans l'amphithéâtre

d'Iconium. S'étant donc réunis, ils descendent comme une nuée, et se

répandent vers les contrées maritimes. Là, cachés tout le jour dans

des chemins creux et dans des vallons, ils s'approchaient pendant la

nuit des bords de la mer, épiant les vaisseaux qui venaient mouiller

au rivage. Dès qu'ils croyaient les navigateurs endormis, se glissant

le long des cables, et se rendant maîtres des chaloupes, ils sautaient

dans les vaisseaux, égorgeaient tous ceux qui s'y trouvaient, et

emportaient les marchandises. Lorsque le bruit de ces brigandages

se fut répandu, les marchands rangeaient les côtes de Cypre, pour

éviter ces embuscades funestes. Les Isauriens, privés de leur proie,

se jettent sur la Lycaonie, et se rendant maîtres des passages, ils

pillent le pays et détroussent les voyageurs. En vain les soldats

romains, cantonnés dans les villes et dans les forts d'alentour,

se rassemblent pour leur donner la chasse: les Barbares accoutumés

à courir dans les lieux les plus escarpés, comme dans des plaines,

échappaient à la poursuite; et si les Romains s'obstinaient à gravir

sur leurs rochers, on les accablait de traits et de pierres; ceux qui

parvenaient au sommet, ne pouvaient s'y former, ni même assurer leurs

pas; et les ennemis voltigeant autour d'eux les choisissaient à leur

gré, et en faisaient un grand carnage. On prit le parti de ne les plus

poursuivre sur les hauteurs, mais de les surprendre dans le plat pays.

Cette conduite réussit; on leur dressait partout des embuscades, où

ils laissaient toujours grand nombre des leurs. Rebutés de tant de

pertes, ils quittent la Lycaonie, et par des sentiers détournés ils

prennent la route de la Pamphylie, dont le terrain était plus montueux

et plus favorable à leur façon de faire la guerre. Cette province

fertile et peuplée, n'avait depuis long-temps éprouvé aucun ravage.

Cependant comme on y craignait toujours les incursions de ces Barbares,

elle était garnie de troupes romaines. Les Isauriens traversant les

montagnes à la hâte, pour prévenir le bruit de leur marche, arrivent

pendant la nuit au bord du Mélas, fleuve resserré dans un lit étroit,

et par cette raison très-profond et très-rapide. Ils s'attendaient à le

passer sans obstacle, et à piller impunément les campagnes. Au point du

jour, pendant qu'ils rassemblaient des barques de pêcheurs et qu'ils

préparaient des radeaux, ils sont étonnés de voir accourir en diligence

les troupes qui étaient en quartier d'hiver à Sidé, ville considérable

dans le voisinage. Elles se postent sur la rive opposée; et à couvert

d'une haie de boucliers elles percent de traits et tuent à coup

de lances ceux qui se hasardaient à passer le fleuve. Les Barbares

après plusieurs tentatives inutiles, tournent du côté de Laranda. Ils

attaquent les bourgs des environs; la contrée était riche; mais la

rencontre d'un corps de cavalerie les oblige à quitter la plaine. Pour

augmenter leurs forces, ils font venir de leur pays ce qu'ils y avaient

laissé de jeunesse. Comme ils manquaient de vivres, ils essayèrent de

se rendre maîtres du château de Palée, garni d'une forte muraille,

près de la mer. C'était le magasin des troupes de ces contrées. Ils

l'attaquent pendant trois jours et trois nuits sans succès. Enfin,

animés par la faim et par le désespoir, ils forment une entreprise qui

semblait au-dessus de leurs forces; c'était de s'emparer de Séleucie

capitale de l'Isaurie. Le comte Castricius y commandait trois légions;

on donnait alors ce nom à des corps de mille ou douze cents hommes. A

l'approche des Barbares les troupes sortent de la ville, passent le

pont du Calycadnus qui en baignait les murs, et se rangent en bataille.

Elles avaient ordre de tenir ferme, mais de ne point attaquer: le comte

ne voulait rien risquer contre des désespérés, supérieurs en nombre. A

la vue de ces troupes les brigands font halte; ils s'avancent ensuite

à petits pas, d'un air menaçant. Les Romains, frappant leurs boucliers

avec leurs épées, allaient engager le combat, lorsque leurs chefs

fidèles, aux ordres du comte, firent sonner la retraite. On rentre

dans la ville, on ferme les portes, on garnit de soldats les murs et

les remparts; on y amasse quantité de pierres et de traits, pour en

accabler ceux qui oseraient approcher. Les Isauriens sans se hasarder

tiennent la ville bloquée, et enlevant les convois qui venaient par le

fleuve, ils s'entretiennent dans l'abondance, tandis que les assiégés

après avoir consommé presque tous leurs vivres, commençaient à craindre

les horreurs de la famine. Gallus, averti du péril où se trouvait

la ville, envoya ordre à Nébridius, comte d'Orient, de la secourir.

Ce comte, ayant rassemblé tout ce qu'il put de troupes, y marcha en

diligence; les Isauriens n'osèrent l'attendre, et s'étant débandés, ils

regagnèrent leurs montagnes.

[Note latérale: VII. Entreprise des Perses sur l'Osrhoène.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 68 / 331 题