Des maux si funestes n'excitaient que des murmures secrets; mais la
disette du vin souleva la populace de Rome. Memmius Vitrasius Orfitus
était préfet de cette ville, après avoir été proconsul d'Afrique.
C'était un homme d'esprit et de naissance, instruit dans les affaires,
mais très-peu dans les lettres; et cette ignorance qui porte la
grossièreté jusque dans la plus haute fortune, fut sans doute le
principe de l'arrogance qu'on lui reproche. Il était païen; il fit
bâtir ou plutôt réparer un temple d'Apollon. Sa fille fut mariée au
fameux Symmaque, le zélé défenseur du paganisme. On le voit deux
fois revêtu de la préfecture de Rome. Il entra dans cette charge pour
la première fois cette année, le 6 décembre. Le vin ayant manqué, le
peuple de Rome alors aussi frivole et aussi dissolu que ses ancêtres
avaient été sobres et sérieux, excita plusieurs émeutes fort vives
et fort tumultueuses. Nous apprenons cependant par les inscriptions,
que ce même peuple, sans doute après une meilleure vendange, fit
ériger de concert avec le sénat une statue au même Orfitus. Pendant ce
temps-là les Barbares continuaient de piller les Gaules; et les soldats
qui avaient servi sous Magnence, s'étant débandés après sa défaite,
infestaient tous les chemins.
[Note latérale: V. Révolte des Juifs.
Spon. misc. p. 202.
Hier. chron. Aur. Vict. de Gæs. p. 180.
Socr. l. 2, c. 33.
Soz. l. 4, c. 7.
Theoph. p. 33.
[Cedr. t. 1, p. 299.]]
Les Juifs y commirent aussi quelques désordres. Ils poignardèrent sur
les bords de la Durance[15] un officier, qui après avoir gouverné
l'Egypte venait en Gaule par ordre de l'empereur. C'était peut-être
une étincelle de l'incendie qui s'était peu auparavant allumé dans la
Palestine. Les Juifs de Diocésarée, ayant pris les armes, massacrèrent
la garnison pendant la nuit; se donnèrent pour roi un nommé Patricius,
firent des courses dans les contrées voisines, et égorgèrent un grand
nombre de Samaritains et d'autres habitants du pays. Gallus qui était
à Antioche envoya des troupes pour réduire ces furieux. Ils furent
passés au fil de l'épée; on n'épargna pas même l'âge le plus tendre. On
détruisit par les flammes Diocésarée, Tibériade, Diospolis et quelques
villes moins considérables.
[Note 15: Dans un endroit nommé _Vicus C. Petronii_, actuellement
Peyrvis. C'est un village du département des Basses-Alpes, sur la
droite de la Durance. On y a trouvé l'épitaphe de cet officier.--S.-M.]
[Note latérale: VΙ. Courses des Isauriens.