Liban. or. 9, t. 2, p. 214.]

Le plus méchant, et par-là le plus accrédité de tous les délateurs

était Paul, secrétaire du prince. On le surnommait [_Catena_ ou]

_la Chaîne_, à cause de sa pernicieuse adresse à lier ensemble

les accusations, et à les faire naître l'une de l'autre. Il était

eunuque, né en Espagne, fort habile à découvrir et même à supposer des

criminels. Il parcourait les provinces, semant l'effroi et lançant

de toutes parts les traits de la calomnie. Souvent les accusés ne

survivaient pas à l'information; ils expiraient dans la question

même sous les coups de lanières armées de balles de plomb. Par cette

apparence de zèle il s'était attiré la confiance du prince et les

malédictions de tout l'empire. Envoyé dans la Grande-Bretagne pour y

rechercher quelques officiers, qui avaient trempé dans la conspiration

de Magnence, il ne se borna pas à l'exécution de ses ordres.

C'était une bête féroce qui se lançait sur toutes les familles, sans

distinction de l'innocent et du coupable. On ne voyait que fers et que

supplices; tout retentissait de gémissements. Martin qui gouvernait

cette province, comme vicaire du préfet des Gaules, en fut attendri.

Après avoir inutilement supplié plusieurs fois cet impitoyable

commissaire, d'épargner au moins ceux qui étaient irréprochables, il

le menaça d'aller porter ses plaintes à l'empereur. Pour se délivrer

d'un témoin si importun, Paul l'attaqua lui-même; il entreprit de

le faire charger de chaînes et conduire à la cour avec plusieurs

autres officiers. Martin voyant sa perte assurée, s'il ne prévenait

ce scélérat, se jette sur lui l'épée à la main; mais ayant manqué

son coup, il tourne son épée contre lui-même et se la plonge dans le

sein. La province le pleura; mais Paul couvert de sang et triomphant

du succès de ses crimes retourne à la cour, traînant après lui les

malheureuses victimes de ses calomnies: elles n'y trouvèrent que des

tortures, et un maître sourd aux cris de l'innocence. Plusieurs furent

proscrits, d'autres exilés, quelques-uns mis à mort.

[Note latérale: IV. Séditions à Rome.

Amm. l. 14, c. 6.

Liban. or. 10, t. 2, p. 285 et 286.

Symm. l. 9, epist. 121 et passim.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 66 / 331 题