Themist. or. 6, p. 80.]

L'empereur ne resta que peu de jours à Lyon. Il alla passer l'hiver

dans la ville d'Arles, où il s'arrêta jusqu'au printemps de l'année

suivante[14]. Il y donna le 10 octobre des jeux magnifiques sur le

théâtre et dans le cirque. C'était la fin de la trentième année depuis

qu'il avait été créé César. Il se voyait enfin paisible possesseur

de tout l'empire. La prospérité porta dans cette ame faible tout ce

qu'elle a de poison. Il devint superbe, vindicatif, sanguinaire. Il

oublia qu'il avait pardonné à ses ennemis. La première victime qu'il

sacrifia à son ressentiment, fut le comte Gérontius; ce comte fut

condamné à un exil perpétuel, après avoir essuyé les plus cruelles

tortures. Le seul caprice retenait quelquefois la vengeance de

Constance: il fit grace à Titianus le plus coupable de tous; et cette

clémence bizarre a fondé les éloges de ses adulateurs; mais il fit

périr des innocents, et c'est ce que l'histoire ne lui pardonnera

jamais. Bientôt les délateurs se mirent en mouvement. C'était être

convaincu, que d'être accusé. Livré aux soupçons, Constance ne voyait

qu'attentats contre sa personne. On chargeait de fers, on traînait dans

les prisons des personnages distingués par les dignités civiles et

militaires, ou par leur noblesse; et sur des accusations sans preuves,

ou même sur des bruits incertains sans accusateur, on confisquait

leurs biens, on les reléguait dans des îles désertes, on les condamnait

à mort. Ces défiances étaient nourries par les flatteurs de cour, qui

se faisaient un mérite d'exagérer les moindres fautes, et d'envenimer

les actions les plus indifférentes. Ils reprochaient sans cesse à

l'empereur son excessive indulgence, ils feignaient de trembler pour sa

vie; et leurs larmes perfides et meurtrières, en amollissant le cœur

du prince en leur faveur, le rendaient dur et inflexible pour tous les

autres. C'était la coutume de présenter à l'empereur les sentences

de condamnation, et les princes les plus inexorables les avaient

quelquefois révoquées: jamais Constance n'usa de cette modération à

l'égard des partisans de Magnence vrais ou supposés; Eusébia n'osa

jamais demander grace pour aucun d'eux; et cette implacable sévérité,

que l'âge adoucit ordinairement, croissait en lui de jour en jour.

[Note 14: Voyez la note ajoutée, liv. VI, § 44.--S.-M.]

[Note latérale: III. Paul le délateur.

Amm. l. 14, c. 5.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 65 / 331 题