Il fut bientôt récompensé de cette modération. Plusieurs sénateurs
de Rome, ayant traversé le pays avec beaucoup de risque, vinrent se
rendre auprès de lui; et Silvanus, fils de Bonit capitaine Franc,
qui avait servi Constantin dans la guerre contre Licinius, abandonna
tout à coup Magnence, et passa dans le camp ennemi, à la tête d'un
corps considérable de cavalerie qu'il commandait. Pour prévenir les
suites de cet exemple, Magnence mit ses troupes en mouvement. Il
prend d'emblée et pille Siscia. Il ravage toute la rive droite de la
Save, qu'il avait repassée; et chargé de butin, il la passe encore
au-delà du camp de Constance, et s'avance jusqu'à Sirmium, dans
l'espérance de s'en emparer sans coup férir. Le peuple réuni avec la
garnison l'ayant repoussé, il marche vers Mursa sur la Drave avec
toute son armée. Il en trouva les portes fermées, et les murs bordés
d'habitants, qui en défendaient les approches à coups de traits et de
pierres. Comme il manquait de machines nécessaires pour une attaque,
il essaya de s'ouvrir une entrée en mettant le feu aux portes. Mais
outre qu'elles étaient revêtues de fer, les habitants éteignirent le
feu en jettant quantité d'eau du haut des murailles. En même temps
Constance approchait. A la première nouvelle du danger où était cette
place importante, il s'était mis en marche avec toutes ses troupes; et
ayant laissé Cibalis sur la gauche et côtoyé la Drave, il s'avançait
en diligence. Magnence lui dresse une embuscade. A quelque distance
de la ville était un amphithéâtre entouré d'un bois épais qui en
dérobait la vue. Le tyran y fait cacher quatre bataillons gaulois,
avec ordre de fondre par-derrière sur l'ennemi, dès que la bataille
sera engagée aux portes de la ville. Les habitants ayant du haut des
murs aperçu cette manœuvre, en donnent avis à Constance qui charge
aussitôt deux capitaines expérimentés, Scudilon et Manadus, de le
débarrasser de ces Gaulois. Ces deux officiers à la tête de leurs plus
braves soldats et de leurs archers, forcent l'entrée de l'amphithéâtre,
ferment les portes, s'emparent des degrés qui régnaient autour dans
toute la hauteur, et font des décharges meurtrières. Les malheureux
Gaulois, semblables aux bêtes féroces qui avaient quelquefois servi de
spectacle dans ce même amphithéâtre, tombent percés de coups les uns
sur les autres au milieu de l'arène. Quelques-uns s'étant réunis, et se
couvrant la tête de leurs boucliers, s'efforcent de rompre les portes:
mais accablés de javelots, ou frappés de coups mortels ils restent sur
la place, et pas un ne revient de cette embuscade.
[Note latérale: XXXVI. Bataille de Mursa.
Jul. or. 1, p. 35-38, et or. 2, p. 57-60 et 97.
Vict. epit. p. 226.
Eutr. l. 10.
Hier. chron.
Zos. l. 2, c. 51 et 52.
Idat. chron.
Chron. Alex. vel Paschal. p. 292.