Magnence, enflé de ce succès, hâte sa marche, résolu d'aller chercher
Constance à Sirmium, et de lui présenter la bataille. Comme il se
disposait à passer la Save, il vit arriver dans son camp Philippe,
officier de Constance, chargé en apparence de faire des propositions de
paix, mais qui ne venait en effet que pour reconnaître les forces de
l'ennemi et pénétrer ses desseins. Philippe, approchant du camp, avait
rencontré Marcellinus, qui le conduisit à Magnence. Celui-ci, afin de
ne donner aucun soupçon à ses troupes, fait aussitôt assembler l'armée,
et ordonne à Philippe d'exposer publiquement sa commission. Le député
représente hardiment aux soldats qu'étant Romains, ils ne doivent pas
faire la guerre à des Romains; qu'ils ne peuvent, sans une ingratitude
criminelle, combattre un fils de Constantin qui les a tant de fois
enrichis des dépouilles des Barbares. Ensuite adressant la parole à
Magnence: «Souvenez-vous, lui dit-il, de Constantin; rappelez-vous les
biens et les honneurs dont il vous a comblé, vous et votre père; il
vous a donné un asyle dans votre enfance; il vous a élevé aux premiers
emplois de la milice; son fils ajoute encore à ses bienfaits; il vous
cède la possession de tous les pays au-delà des Alpes; il ne vous
redemande que l'Italie». Ces paroles, confirmées par les lettres de
l'empereur, dont Philippe fit la lecture, furent applaudies de toute
l'armée; l'usurpateur eut beaucoup de peine à se faire écouter; il
se contenta de dire qu'il ne désirait lui-même que la paix; qu'il
s'agissait d'en régler les conditions; qu'il allait s'en occuper,
et que le lendemain il leur en rendrait compte. L'assemblée s'étant
séparée, Marcellinus emmène Philippe dans sa tente, comme pour lui
faire un accueil honorable. Magnence invite à souper tous les officiers
de l'armée; il les regagne autant par la bonne chère que par les
raisons; et dès le point du jour ayant de nouveau assemblé les soldats,
il leur représente ce qu'ils avaient eu à souffrir des débauches de
Constant, et la généreuse résolution qu'ils avaient prise et exécutée
d'affranchir l'état en étouffant ce monstre. Il ajouta que c'était
de leurs mains qu'il tenait le diadème; et qu'il ne l'avait accepté
qu'avec répugnance.
[Note latérale: XXXIII. Il reçoit un échec au passage de la Save.