Zon. l. 13, t. 2, p. 16.]

Magnence, enflé de ce succès, hâte sa marche, résolu d'aller chercher

Constance à Sirmium, et de lui présenter la bataille. Comme il se

disposait à passer la Save, il vit arriver dans son camp Philippe,

officier de Constance, chargé en apparence de faire des propositions de

paix, mais qui ne venait en effet que pour reconnaître les forces de

l'ennemi et pénétrer ses desseins. Philippe, approchant du camp, avait

rencontré Marcellinus, qui le conduisit à Magnence. Celui-ci, afin de

ne donner aucun soupçon à ses troupes, fait aussitôt assembler l'armée,

et ordonne à Philippe d'exposer publiquement sa commission. Le député

représente hardiment aux soldats qu'étant Romains, ils ne doivent pas

faire la guerre à des Romains; qu'ils ne peuvent, sans une ingratitude

criminelle, combattre un fils de Constantin qui les a tant de fois

enrichis des dépouilles des Barbares. Ensuite adressant la parole à

Magnence: «Souvenez-vous, lui dit-il, de Constantin; rappelez-vous les

biens et les honneurs dont il vous a comblé, vous et votre père; il

vous a donné un asyle dans votre enfance; il vous a élevé aux premiers

emplois de la milice; son fils ajoute encore à ses bienfaits; il vous

cède la possession de tous les pays au-delà des Alpes; il ne vous

redemande que l'Italie». Ces paroles, confirmées par les lettres de

l'empereur, dont Philippe fit la lecture, furent applaudies de toute

l'armée; l'usurpateur eut beaucoup de peine à se faire écouter; il

se contenta de dire qu'il ne désirait lui-même que la paix; qu'il

s'agissait d'en régler les conditions; qu'il allait s'en occuper,

et que le lendemain il leur en rendrait compte. L'assemblée s'étant

séparée, Marcellinus emmène Philippe dans sa tente, comme pour lui

faire un accueil honorable. Magnence invite à souper tous les officiers

de l'armée; il les regagne autant par la bonne chère que par les

raisons; et dès le point du jour ayant de nouveau assemblé les soldats,

il leur représente ce qu'ils avaient eu à souffrir des débauches de

Constant, et la généreuse résolution qu'ils avaient prise et exécutée

d'affranchir l'état en étouffant ce monstre. Il ajouta que c'était

de leurs mains qu'il tenait le diadème; et qu'il ne l'avait accepté

qu'avec répugnance.

[Note latérale: XXXIII. Il reçoit un échec au passage de la Save.

Histoire du Bas-Empire. Tome 02 · 第 45 / 331 题