Dans le même temps que ces barbares occupaient Décentius, d'autres
bandes des mêmes nations, attirées par la solde et par l'espoir du
butin, grossissaient l'armée de Magnence. Celui-ci traînait à sa
suite les principales forces de l'Occident, et se croyait en état
d'envahir tout l'empire, et de porter la terreur jusque chez les
Perses. Plein d'ardeur et de confiance, il en avait autant inspiré à
ses troupes, en leur promettant le pillage de tous les pays dont il
allait faire la conquête. Il traverse les Alpes Juliennes, tandis que
l'empereur, au lieu de se mettre à la tête de son armée, s'arrêtait
à Sirmium, et s'occupait d'un concile. Les généraux de Constance
marchèrent au-devant de l'ennemi, et l'attendirent d'abord au pied
des Alpes. Ensuite se voyant supérieurs en cavalerie, ils feignirent
de prendre l'épouvante et reculèrent en arrière, pour l'attirer dans
les plaines de la Pannonie. Magnence, trompé par cette feinte, se mit
à les poursuivre, et s'exposa mal à propos dans un pays découvert.
Mais dans cette marche, il usa à son tour d'un stratagème dont il tira
quelque avantage. Il fit dire aux généraux ennemis que, s'ils voulaient
l'attendre dans les plaines de Siscia, ce serait un beau champ de
bataille pour terminer leur querelle. Constance, averti de cette
bravade, accepta le défi avec joie: le lieu ne pouvait être plus propre
à sa cavalerie. Il ordonna de marcher vers Siscia. Pour y arriver,
il fallait traverser le vallon d'Adranes, au-dessus duquel Magnence
avait posté une embuscade. Les troupes de Constance, qui marchaient
sans ordre comme sans défiance, s'y étant engagées, se virent bientôt
accablées de gros quartiers de rochers, qu'on roulait sur eux, et qui
en écrasèrent une partie; les autres furent obligés de retourner sur
leurs pas, et de regagner la plaine.
[Note latérale: XXXII. Propositions de paix rejetées par Magnence.
Zos. l. 2, c. 46 et 47.