L'empereur, avant son départ d'Antioche, reçut les députés de Magnence,
chargés de lui proposer un accommodement: c'étaient Servais évêque de
Tongres, un autre évêque de Gaule nommé Maxime, et deux seigneurs,
Clémentius et Valens. Ils étaient venus par l'Afrique, et à leur
passage par Alexandrie ils furent bien reçus d'Athanase: ce que les
Ariens ne manquèrent pas d'envenimer dans la suite, accusant le saint
prélat d'intelligence avec le tyran. Cette ambassade ne produisit aucun
effet; et Constance se mit en marche pour passer en Europe. Alors,
soit que Vétranion, se défiant de la complaisance de l'empereur, eût
cherché à s'appuyer du secours de Magnence, soit que celui-ci, pour
dérober à Constance les forces de l'Illyrie, eût prévenu Vétranion, les
deux usurpateurs se liguèrent, et envoyèrent de concert une nouvelle
députation. L'empereur traversa le Bosphore à Constantinople, qui
tremblait déja dans la crainte d'éprouver les mêmes désastres que
Rome avait deux fois essuyés. Il rassura la ville par sa présence, et
continua sa marche vers l'Illyrie. Il était à Héraclée, lorsqu'il reçut
l'ambassade des deux tyrans: elle était composée de Rufinus, préfet du
prétoire, de Marcellinus, général des troupes de Magnence, du sénateur
Nunécius et de Maxime. Ils apportaient à Constance des paroles de paix,
à condition qu'il abandonnerait aux deux nouveaux empereurs les pays
dont ils étaient en possession, et qu'il se contenterait du premier
rang entre les trois Augustes. Ils lui représentèrent _le danger auquel
il allait s'exposer en combattant deux capitaines pleins d'expérience,
unis ensemble et suivis de deux armées invincibles; qu'un seul serait
déja un ennemi trop redoutable; que la guerre civile allait armer
contre lui les mêmes bras auxquels son père avait été redevable de
tous ses triomphes; que pour eux ils souhaitaient qu'il ne voulût pas
éprouver sur lui-même ce que pouvaient contre l'empereur des généraux
qui avaient si vaillamment servi l'empire_. Constance venait de perdre
sa première femme: Magnence offrait de cimenter la paix par une double
alliance, en donnant sa fille à Constance, et en recevant de sa main
sa sœur Constantine. Ces propositions mêlées de menaces embarrassaient
l'empereur, naturellement timide et irrésolu: il balançait entre la
crainte du péril et l'intérêt de sa gloire. Rempli de ces inquiétudes
il s'endormit, et crut voir en songe Constantin, son père, qui lui
présentait Constant, et lui disait: «Mon fils, voilà votre frère que
Magnence a égorgé; vengez-le, et punissez le tyran. Songez à l'honneur,
sans vous effrayer du péril. Quelle honte pour vous de vous laisser
arracher une partie de votre héritage!» C'est le caractère des ames
faibles de résister à la raison, et de céder sans effort à tout le
reste: un songe fit ce qu'elle n'avait pu faire. Constance à son
réveil commande qu'on arrête les députés comme des rebelles, et qu'on
les charge de fers. Il ne renvoie que Rufinus; mais bientôt après il
relâche aussi les autres; et sans perdre de temps il arrive à Sardique.
[Note latérale: XXII. Vétranion dépouillé.
Jul. or. 1. p. 30 et or. 2. p. 76.
Amm. l. 21, c. 8.
Aur. Vict. de cæs. p. 179.
Vict. epit. p. 226.
Eutr. l. 10.
Zos. l. 2, c. 44.
Hier. chron.
Themist. or. 3, p. 45, et or. 4, p. 56.
Socr. l. 2, c. 18.
Soz. l. 4, c. 4.
Philost. l. 3, c. 22.
Idat. chron.
Chron. Alex. vel Pasch. p. 191 et 192.
Zon. l. 13, t. 2, p. 15 et 16.