LE MÊME.

«Bourbonne, 12 juillet 1843.

(_Dictée._)--«Je comptais vous écrire de ma main, mais j'avais

compté sans mon hôte. Les douches, qui me fatiguent horriblement,

ont enlevé le reste de ma force. Vos jugements sont bien sévères

sur la rue du Bac, mais songez aux différences d'habitudes. Si vous

jugez comme des niaiseries ce qui occupe de ce côté-là, on juge

aussi comme des niaiseries ce qui vous occupe de votre côté: il ne

faut que changer de point de vue.

«Rien, je vous assure, ne m'intéresse ici. Il m'est venu hier des

collégiens qui m'ont fait de la musique dans la rue. Je ne sais, du

reste, s'il existe quelques personnes ici: ce qu'il y a de sûr,

c'est que j'ai fermé ma porte, et que je ne vois pas un chat.

_Votre heure_ ne sera jamais employée que pour vous. Hélas! que

votre vie ne soit pas dérangée par mon absence: j'approche du terme

où vous n'aurez plus qu'à penser à moi pour toujours.

«Je suis à ma troisième douche. Elles m'accablent; mais je ne veux

pas qu'on ait rien à me reprocher: on ne dira plus que je ne fais

rien, parce que je ne crois à rien.

«Que vous êtes bonne de m'écrire! et je suis si touché de votre

écriture lassée, que je veux vous en remercier par un mot de la

mienne.

«Quand donc Amélie aura-t-elle un successeur de plus? Il faut être

bien jeune pour se tromper d'un si grand nombre de jours. Vous

allez revoir les Noailles, je vous en félicite.

(_Et de sa main._)--«Conservez-moi bien votre attachement, c'est

toute ma vie. Vous voyez comme ma pauvre main tremble, mais j'ai le

coeur ferme.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 196 / 214 题