«Bourbonne, 6 juillet.
(_Dictée_). «C'est encore moi pour vous dire d'aller voir Mme de
Chateaubriand qui se plaint de ne pas vous voir. Que voulez-vous?
puisque vous vous êtes associée à ma vie, il faut la partager tout
entière. Que faites-vous? Où êtes-vous allée?
«Ma mauvaise santé a bien dérangé notre année, mais c'est aussi la
dernière fois. Il me restait quelque chose à essayer: maintenant
j'aurai la conscience aussi nette, que je savais d'avance
l'inutilité de ma course. Ne dites pas cela rue du Bac; on
rabâcherait des Pyrénées où tout se serait passé exactement comme
ici. C'est beaucoup que de m'en tirer tout juste comme je m'en
tire, sans avoir à supporter les maux que la pauvre vicomtesse de
Noailles avait attrapés à Carlsbad.
«Je ne fais rien du tout ici. Il ne m'est pas venu la moindre
inspiration; je suis seulement persécuté et enchanté des fables de
La Fontaine qui me reviennent incessamment à l'esprit:
«Passe encore de bâtir, mais planter à cet âge!
«Je vais profiter ce matin de la clef du cimetière que l'on m'a
prêtée. Je suis du reste traité ici comme partout, beaucoup trop
bien. Ce qui m'a le plus touché, ce sont neuf collégiens qui sont
venus me visiter du collége de La Marche, à quatre lieues d'ici, et
auxquels j'ai été obligé de donner un billet, pour affirmer qu'ils
étaient bien venus me voir, afin de leur éviter une pénitence.
«Quand vous viendrez me chercher, je vous donnerai aussi un petit
mot pour vous excuser auprès de vos amis.
«Mon bain ce matin m'a fait assez de bien; c'est le quatrième, mais
ils me semblent encore affaiblir mes pauvres jambes. Nous irons
chercher une gondole à Venise.
«Je suis charmé de ce que vous me dites de M. de Noailles, car je
lui suis très-réellement attaché. Ne m'oubliez pas auprès de tous
nos amis; Ballanche le philosophe n'a besoin que de lui, mais je
tiens à M. Lenormant et à M. Ampère par ma faiblesse.
(_Et de sa main._)--«Je veux finir par deux mots de mon écriture
pour vous prouver que je vis encore pour vous. Il est bien fâcheux
d'en être réduit là.»