«Rome, samedi 21 février 1829.
«Je vous parlerais longuement de la profession de foi de Polignac,
si je n'avais l'imagination préoccupée de ce qui va m'arriver de
Paris, et du changement brusque que la mort de cet excellent pape
va encore apporter dans ma vie. Le bruit est ici que le conclave
sera extrêmement court; il commence après-demain. J'espère, moi,
sans trop me flatter, qu'il sera fini pour la semaine sainte. On
parle beaucoup des cardinaux Pacca, Capellari, Gregorio: ce
seraient d'excellents choix, et des papes qui suivraient le système
modéré et conciliant de Léon XII; mais vous savez qu'on ne peut
rien prévoir; et que nos amis de toutes les sortes n'aillent pas
surtout se figurer que _je puis faire un pape_! Ni moi, ni
personne, ne pouvons rien à cette affaire que par des voeux et des
prières.
«La fouille va bien; je trouve de très-belles choses. Vous ne
sauriez croire l'intérêt que le public de Rome porte à cette
fouille, et le bien qu'il me souhaite. Quand je suis un grand jour
sans rien trouver, les artistes sont désolés. J'ai le torse le plus
élégant d'une jeune femme drapée d'une manière toute nouvelle,
trois têtes d'homme du meilleur temps de la sculpture, et des
fragments d'architecture de marbre admirables. Comme le torse de la
jeune femme a été trouvé près du tombeau où nous avons trouvé
l'inscription funèbre du frère pour sa soeur, âgée de vingt-cinq
ans, ce torse est peut-être le reste de la statue de cette
soeur.--Ne me trouvez-vous pas bien _stupide_ de vous parler de
cela, au milieu de mes affaires de Rome et de Paris?
«On dit que M. de Blacas est _très-jaloux_ de mes fouilles. Je
crains d'avoir persécuté mes prédécesseurs, l'un par mes bals,
l'autre par mes fouilles et mes monuments; en vérité je ne l'ai pas
fait exprès.
«Je songe déjà à disposer les courriers qui vous apprendront la
nomination d'un Pape et mon retour en France. Si j'ai eu l'immense
gloire d'avoir averti le premier le gouvernement de la mort de Léon
XII, il ne me manquera plus rien comme ambassadeur.»