LE MÊME.

«Rome, samedi 10 janvier 1829.

«Le pauvre Guérin fait ses paquets; cela me fait beaucoup de peine.

Je m'y étais fort attaché. Il m'avait reçu à mon arrivée, et nous

avions regardé tristement Rome ensemble du haut de la villa

_Médicis_. Il restera encore quelque temps après l'arrivée

d'Horace. Je voulais lui donner une retraite à l'ambassade, il ne

l'a pas voulu. Au lieu de cela, je lui donnerai un grand dîner avec

Horace et tous les élèves; après quoi, plus heureux que moi, il ira

vous voir et vous conter ma vie.

«Le plan du tombeau du Poussin est tout à fait arrêté; il est

très-bien. Il ne s'agit plus que de faire déloger un confessionnal,

dont il nous faut la place, à _San Lorenzo in Lucina_, et c'est une

grande affaire.

«J'ai été avant-hier passer une heure tête à tête avec Mme Salvage,

pour parler de vous. Je lui ai dit que vous viendriez nous

rejoindre au printemps, ou que j'irais vous chercher, ce que je dis

au reste à tout le monde. À mesure que l'on approche du carnaval,

la foule augmente dans les salons; ce ne sont plus que de grandes

réunions publiques, où l'on ne trouve pas même à placer un mot.

Dans les premières semaines de carême, j'irai montrer Naples à Mme

de Chateaubriand, je reviendrai pour la semaine sainte, et à

Pâques, je partirai avec le congé que j'espère obtenir.

«Je répète tous ces calculs que je vous ai faits cent fois, parce

qu'ils trompent un peu la peine où je suis de votre absence; il me

semble qu'en comptant les jours, je les fais disparaître, comme

lorsqu'on compte de l'or pour payer une dette: on n'a plus le

moment d'après la somme que l'on a prise dans son _magot_. Hélas!

mon pauvre magot est bien diminué et j'en aperçois le dernier écu.

Aurai-je une lettre de vous ce matin?»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 107 / 214 题