LE MÊME.

«Rome, mardi 6 janvier 1829.

«En ouvrant les journaux arrivés hier, j'ai trouvé mon nom à toutes

les pages, tantôt pour une chose, tantôt pour une autre. Vous

devriez imprimer les lettres que je vous écris; ce serait un

contraste piquant avec les desseins que l'on me suppose. On verrait

un pauvre songe-creux qui ne pense d'abord qu'à vous, qui n'a

ensuite dans la tête que de se retirer dans quelque trou pour finir

ses jours, et qui s'occupe si peu de politique qu'il pleure _Moïse_

qu'on ne jouera pas. Voilà pourtant à la lettre la vérité. Le

public me traite comme on traite ici le Tasse, ce qui me fait trop

d'honneur. On veut remuer ma poussière; je commençais à dormir si

bien.

«J'en suis toujours à notre tombeau du Poussin, et à la fouille

projetée. Visconti promet merveilles. Au fond, je ne cherche qu'à

me tromper; je ne vis point où je suis; j'habite au delà des Alpes

auprès de vous. Cependant les jours s'écoulent; je puis à présent

être à peu près certain du moment où je vous reverrai, et cela me

fait un bien que je ne puis dire.

«Mes travaux littéraires sont suspendus. Je fais seulement quelques

lectures pour mon Histoire de France. Je suis un peu inquiet de

Ladvocat dont je n'entends plus parler; ferait-il banqueroute?

J'espère que non, mais pourtant je suis tout consolé d'avance:

j'aurais une raison légitime pour faire attendre au public les deux

volumes que je lui dois encore; vous voyez que je tire parti de

tout.

«Mes travaux diplomatiques se bornent à peu de chose. Cependant, je

n'ai pas trop mal arrangé ici les affaires du roi, et j'ai envoyé

sur la guerre d'Orient un Mémoire de quelque importance; j'ai de

plus entre les mains une dépêche faite et assez curieuse, pour

laquelle j'attends un courrier. J'ai vu le pape ces jours derniers.

Je suis toujours enchanté de la grâce, de la dignité, de la

modération du prince des chrétiens.

«À jeudi.»

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier (2/2) · 第 105 / 214 题