«Rome, ce 21 octobre 1828.
«Quoique je ne m'attendisse pas à recevoir une lettre de vous hier,
puisque j'en avais eu une par le précédent courrier, et que vous ne
prodiguez pas vos lettres, cela m'a fait une grande peine quand je
n'ai rien vu de vous.
«Toujours même disposition de ma part: de l'ennui de la solitude,
je suis tombé dans celui des dîners et des visites. Définitivement,
il est clair que je ne puis plus supporter la vie du monde: elle
m'était en tout temps odieuse, mais mes cinq années de retraite ont
achevé de me rendre incapable des devoirs de la société. Je me
demande sans cesse à quoi bon cette perte de temps, cette nécessité
de voir des gens avec lesquels on n'a aucun rapport, cette
nécessité de livrer les dernières années de ma vie aux bêtes et aux
caquetages de la médiocrité; et tout cela pourquoi? Pour un but que
je ne veux point atteindre, puisque je n'ai aucune ambition et que
je n'aspire qu'à me retirer.
«Vous voyez donc que, ne trouvant plus dans les arts et les
sciences que des sujets de tristesse, et dans le monde que des
objets d'ennui, il faut que je rentre le plus tôt possible dans mon
gîte. C'est auprès de vous que je retrouverai tout ce qui me manque
ici.»